tsiganes

[ articles sur les Roms à Grenoble, en France et ailleurs ]

Archives de Tag: Roumanie

«Les Roms sont un bouc émissaire rêvé» [LeTemps.ch]

source : http://www.letemps.ch
Ça se passe en Suisse, mais c’est transposable à la France
(la bêtise se ressemble partout).

sociologie vendredi 21 février 2014

«Les Roms sont un bouc émissaire rêvé»

Exploitée par un réseau? Faux, selon l’enquête des sociologues. (Fred Dufour/AFP)

mendicite C Fred Dufour - AFP--672x359

Selon une enquête de terrain à Lausanne, tout ce que l’on croit savoir sur la mendicité est faux. Nos représentations erronées remontent à la fin du Moyen Age

Tout ce que nous croyons savoir sur la mendicité dans nos villes en général, et sur les mendiants roms en particulier, est faux. Fausse, l’idée des réseaux qui exploitent les mendiants. Fausses, nos représentations des gains de la mendicité. Complètement fausse, notre vision de l’identité des Roms… C’est ce qui ressort d’une étude de terrain menée dans le canton de Vaud par les sociologues Jean-Pierre Tabin (de la Haute Ecole de travail social et de la santé EESP Lausanne), René Knüsel (de la Faculté des sciences sociales et politiques de l’Université de Lausanne) et Claire Ansermet (de la Haute Ecole de santé Vaud). Les résultats de la recherche, exposés dans un ouvrage* publié avec le soutien du Pôle de recherche national LIVES et de la HES-SO, montrent que nos représentations actuelles sont en porte-à-faux avec la réalité – et qu’elles s’enracinent. au contraire, dans un lointain passé…

Le Temps: Comment se mettent en place nos représentations?

Jean-Pierre Tabin: On est passé d’une idée médiévale de la pauvreté et de l’aumône comme des moyens d’atteindre le paradis à une méfiance généralisée envers les personnes qui s’adonnent à la mendicité. Dès le XIVe-XVe siècle, suite aux mouvements migratoires de la fin du Moyen Age et au développement de la misère urbaine, la distinction entre «bons» et «faux» mendiants se met en place. Ce n’est pas la pauvreté qui est mise en question, mais l’honnêteté des mendiants. Deuxième facteur: depuis que l’Etat commence à prendre en charge le bien-être de la population, à partir de la fin du XIXe siècle, ces manifestations de pauvreté et ces sollicitations de dons auprès des passants paraissent incongrues. La mendicité paraît dès lors anachronique. On ne comprend pas pourquoi ces gens mendient. On continue donc à dire, comme depuis la fin du Moyen Age, que derrière les mendiants, il y a des réseaux criminels, qu’il y a quelque chose de malhonnête là-dessous, qu’il ne s’agit pas simplement de pauvreté.

– Passons en revue les écarts entre les faits et les représentations. Les réseaux qui contrôleraient les mendiants roms, pour commencer…

– Nous n’avons pas trouvé de traces de «réseaux» dans le sens où l’entendent les médias et les politiques, c’est-à-dire d’une organisation qui exploite les mendiants. Ce qui ne veut pas dire que ces gens ne sont pas organisés. La plupart du temps, ils organisent leur venue sans leurs enfants, faisant en sorte que quelqu’un – la famille ou un groupe plus large dans le village – les garde et assure leur scolarité. Contrairement à ce qu’on affirme souvent, cette population est normalement soucieuse du bien-être de ses enfants.

– La mendicité serait une tradition…

– En ayant lu à peu près tout ce qui est paru sur les Roms et en ayant interrogé les gens concernés, nous pouvons affirmer que la mendicité n’est pas du tout une activité coutumière, traditionnelle. Le terme «Roms» désigne un «groupe d’amalgames», un agrégat curieux. Cela conduit à qualifier les mendiants de «gens du voyage», alors que les personnes qu’on voit dans nos rues sont issues d’autres groupes, sédentarisés depuis plusieurs décennies. La plupart des mendiants observés à Lausanne viennent de certaines régions de Roumanie, mais il y a aussi des Bulgares, des Hongrois et des populations d’ex-Yougoslavie qu’on qualifie de «Roms». Ces gens avaient du travail avant la chute des régimes communistes et ils s’en sont trouvés dépossédés. Dans le livre, nous donnons l’exemple de Barbulesti, village roumain d’où viennent de nombreux mendiants: leur principal employeur était une usine de sucre, désaffectée lors des manœuvres qui ont suivi la chute de Ceausescu. Ce ne sont pas seulement les Roms qui ont perdu leur travail, ce sont les Roumains en général. Mais les Roms étant victimes de racisme là-bas, leur situation est pire… La mendicité n’est donc pas une activité usuelle. En revanche, elle est mise en scène, d’une certaine façon, pour apitoyer le passant. Mais tout cela est très bricolé. Les gens font ce qu’ils peuvent.

– Les gains seraient importants…

– On n’est pas les seuls à avoir fait ce constat, en effectuant des observations systématiques: le gain de la mendicité est dérisoire. C’est l’indifférence qui domine de la part des passants. Quelques rares fois, un passant manifeste un peu d’agressivité. Et puis, de temps en temps, quelqu’un donne 2 francs. Ça fait beaucoup d’heures de travail pour pas grand-chose. Mais pour les gens qui mendient, ce maigre pécule n’est pas négligeable.

– Il s’agirait de délinquants…

– A chaque fois que la police a apporté des éléments là-dessus, elle a été claire: ils ne génèrent pas d’augmentation de la criminalité. En étudiant la presse, on observe un amalgame:
il y a des gens qui viennent perpétrer des vols dans les appartements et à qui on attribue, à tort, une origine rom. Les mendiants n’ont pas de lien avec la criminalité, sauf si on définit celle-ci de manière plus large: si on dit que rester sur un parking sans payer l’horodateur, jeter ses ordures, déféquer
ou uriner dans la rue, faute de toilettes publiques, relève de la criminalité.

– Comment expliquer la persistance de représentations si erronées?

– Nous observons une «rhétorique de l’évidence». On vous dit simplement que les choses sont comme ça, et on les affirme de manière répétitive, au Tribunal fédéral, dans l’administration, dans la presse, au sein des partis… C’est très difficile d’aller à l’encontre de cette unanimité. Je l’ai constaté jusque dans mes relations interpersonnelles… Si je dis «Je travaille sur la mendicité rom», je n’ai pas le temps d’ajouter grand-chose: les gens s’expriment comme s’ils savaient, ils ont un avis définitif. Il faut dire que la population qualifiée de rom est un bouc émissaire rêvé: elle n’a pas de lobby pour la défendre, elle est définie de manière floue, on peut donc proférer des choses sur elle sans que qui que ce soit vous contredise… Il faudrait analyser cela de manière plus approfondie, mais on peut penser que ces représentations des Roms participent du rejet des étrangers dont on a vu les effets lors du vote du 9 février… En ce qui nous concerne, nous avons fait notre première enquête sur un mandat d’un service du canton de Vaud. Mais comme nos résultats ne confortaient pas l’opinion dominante, ils étaient inaudibles pour la classe politique et n’ont pratiquement pas été utilisés dans les débats.

– Que recommandez-vous?

– Des actions pour lutter contre les stéréotypes et des politiques sociales développées pour et avec la participation des populations concernées. Dans le livre, nous évoquons des mesures prises dans certaines régions de France et d’Italie sur le plan du logement et de l’accès à l’emploi. La politique d’humanité que nous préconisons est tout à fait conforme à la Constitution helvétique – mais il faut la prendre au sérieux.

* Lutter contre les pauvres. Les politiques face à la mendicité dans le canton de Vaud, Jean-Pierre Tabin & René Knüsel, avec la collaboration de Claire Ansermet, Editions d’En Bas, 147 p.

A Lyon, au moins trois morts dans l’incendie d’une usine squattée par des familles Roms [rue89]

source : rue89lyon.fr

 

A Lyon, au moins trois morts dans l’incendie d’une usine squattée par des familles Roms

103 vues | aucun commentaire

L’incendie s’est déclaré dans la nuit de dimanche à lundi, vers 1 heure du matin.
Deux femmes et un enfant sont décédés.
Mais le bilan pourrait être plus lourd selon les pompiers qui fouillent toujours les décombres. Il pourrait y avoir six ou sept victimes.

L’incendie a pris rue Audibert et Lavirotte, dans les anciens locaux administratifs de cette usine du 8e arrondissement squattée depuis octobre 2012 par plusieurs dizaines de familles Roms de Roumanie. On aurait compté plus de 200 personnes.

Selon Gilberte Renard, militante au sein de l’association CLASSES (Scolarisation des enfants des squats), une petite centaine de personnes vivaient uniquement dans le bâtiment administratif.

Tous les rescapés et ceux qui avaient construit de petites cabanes dans les hangars ont été hébergés dans un gymnase d’une école située avenue des frères Lumières.
Depuis 2004, déjà deux enfants Roms avaient péri dans l’incendie de leur caravane, sur un terrain squatté à Gerland.
Fin mars 2013, l’un des plus gros bidonvilles de l’agglomération lyonnaise à Saint-Fons avait en partie brûlé, sans faire de victime.
Ce squat du 8e arrondissement devait se faire expulser dans les prochains jours.

 

Mise en accusation de l’Etat par les associatifs

Ce lundi matin, Gilberte Renard, accuse :

« Cet incendie est la responsabilité de l’Etat. Il y a des solutions pour héberger ces familles. Mais Manuel Valls préfère les expulser ».

Pour Jean Philippe, militant du MRAP, cité par Reuters (via lepoint.fr) : « Ce qui vient de se passer est symptomatique de la politique de la préfecture du Rhône » :

« Elle refuse d’appliquer la circulaire qui prévoit des diagnostiques médicaux, sociaux et de sécurité, sa seule réponse est l’expulsion des squatts et des campements et à chaque fois la situation s’aggrave. »

Selon lui, un homme a trouvé la mort il y a deux mois dans le même squatt, écrasé par une partie du bâtiment qui s’est écroulé.

Le 115 envoie les sans-abris se loger dans les squats [LibéToulouse]

source : LibéToulouse

Le 115 envoie les sans-abris se loger dans les squats

SOCIETE. C’est une constante du “115”. Chaque jour, le numéro d’appel d’hébergement d’urgence est débordé. En moyenne une centaine de demandes resteraient sans réponse faute de places dans les centres toulousains.

De son côté, le Collectif pour la réquisition, l’entraide et l’autogestion (Crea) réquisitionne depuis deux ans des bâtiments vides pour y loger des sans-abris. Les expulsions ordonnées par la Préfecture ne découragent pas pour autant les squatteurs. A chaque fois que la police débarque, ils ont déjà repéré un autre endroit où s’installer.

Résultat: plus de deux cents personnes, étudiants, travailleurs pauvres, familles, sans-papiers seraient hébergés dans les quatorze « centre sociaux autogérés » du Crea. Le dernier en date est une maison «ouverte» dans le quartier de la Gare Matabiau.

Le portail d’entrée est cadenassé. Depuis quatre jours, cette maison de deux étages située au 7, impasse Bestouloubres héberge une vingtaine de personnes, parmi lesquelles une famille d’origine bulgare. Un pin gigantesque trône au milieu du jardin. A l’intérieur du bâtiment, une dizaine de chambres, des salles de bains et deux cuisines en parfait état.

Cette maison, propriété de la Ville de Toulouse, servait encore il y a peu de structure d’hébergement pour une quinzaine de personnes atteintes de maladies chroniques diverses. Suite à leur départ pour un lieu mieux adapté, elle devait être transformée en centre d’hébergement d’urgence géré par une association.

Cette situation  découverte «après coup» met le Crea en porte-à-faux. «Nous ne voulons pas nous mettre à dos des gens qui sont sur les mêmes problèmes que nous, affirme Thomas, l’un des occupants. Nous avons simplement décidé d’utiliser des moyens différents face au manque de logements sur Toulouse».

«Pour le reste nous nous organisons nous-mêmes», ajoute Sarah, 24 ans, chômeuse. Les règles de vie quotidienne sont fixées en assemblée générale. «Evidemment, il y a parfois des enguelades dans les AG. Ce n’est pas le pays des Bisounours. C’est long de trouver une organisation collective qui convienne à tout le monde. Mais c’est faisable».

La cuisine commune fonctionne avec la « récup ». Sauf que le glanage alimentaire est une activité devenue de plus en plus difficile. En effet, après les supermarchés qui déversent de la javel dans leurs containers d’invendus, c’est au tour des services de nettoyage de la Mairie de Toulouse de faire la chasse aux glaneurs de fruits et légumes sur le marché Cristal le long du boulevard de Strasbourg. «Depuis deux mois, les cantonniers des services municipaux distribuent des sacs poubelles aux marchands pour qu’ils jettent tout en vrac dés la fin du marché», raconte Thomas. Cette information nous sera confirmée le lendemain par les vendeurs de primeurs du marché Cristal. «Les glaneurs ne viennent plus. Avant les gens avaient faim. Maintenant ils crèvent de faim», nous dit Philippe, l’un des commerçants.

Retour dans la maison de l’impasse Bestouloubres. Les occupants ont demandé un rendez-vous à la mairie et avec la Préfecture pour trouver une solution de relogement. Migleana 25 ans, maman bulgare  et ses enfants Simona, 7 ans et Alex, 4 ans, tout deux scolarisés dans une école du quartier Saint-Cyprien ont déjà été expulsés d’un autre squat du Crea. «Nous allons essayer de faire avancer leur demande à la Préfecture. Mais si tu es Roumain ou si tu as une obligation de quitter le territoire français (OQTF), tu n’as aucune chance de trouver une place dans un centre d’hébergement», assure Thomas.

Selon le constat dressé par le Crea, la situation de l’hébergement d’urgence à Toulouse serait catastrophique. «Les travailleurs sociaux, le 115, les flics, le Secours Catholique nous envoient régulièrement des gens à la rue dans notre permanence d’urgence ouverte le jeudi de 16h à 18h  dans une maison du 9 Faubourg Bonnefoy».

J-M.E

Le froid trottoir des Roms [Libération]

source : http://www.liberation.fr

Le froid trottoir des Roms

Marc Melki a photographié pendant trois mois dans le quartier de la Bastille, à Paris, des familles venues de Bulgarie ou de Roumanie. Le trottoir parisien, ses cabines téléphoniques et ses Abribus sont devenus leurs refuges.

20 juillet 2012, 6h39, boulevard Richard Lenoir. Paris XI. (Photo Marc Melki)
20 juillet 2012. 6h57, boulevard Richard-Lenoir. Paris XI. (Photo Marc Melki)
19 août 2012, 7h09, boulevard Richard Lenoir. Paris XI. (Photo Marc Melki)
19 août 2012. 7h10, boulevard Richard-Lenoir. Paris XI. (Photo Marc Melki)
19 août 2012, 7h12, boulevard Richard-Lenoir. Paris XI (Photo Marc Melki)

Sarkozy régularise… Des roms [blogs.mediapart.fr]

source : blogs.mediapart.fr

et c’est juste avant le premier tour d’élections présidentielles …

 

Sarkozy régularise… Des roms

20 Avril 2012 Par philippe alain

 

Au terme d’une campagne électorale marquée par une radicalisation de Sarkozy sur l’immigration, on apprend qu’à Lyon, le préfet régularise massivement des roms.

Il faut remonter au 13 septembre 2011 pour comprendre ce qui se passe. Ce jour là, la police intervient pour expulser une centaine de roms originaires de Roumanie qui viennent de s’installer sur un terrain dans le quartier de Gerland. (1) C’est le coup d’envoi d’une grande campagne d’expulsion qui verra plus de 650 personnes jetées à la rue et qui ne s’arrêtera qu’en novembre, avec le déclenchement du plan froid. (2)

A Gerland, deux groupes principaux se forment.

Le premier, d’une vingtaine de personnes, décide de tenter sa chance du côté de la gare de Perrache. Elles s’introduisent sur un terrain et y passent la nuit avant d’être  réveillées par la police qui les chasse et appelle le propriétaire, un promoteur immobilier.

Arrivé sur place le propriétaire, touché par la détresse de ces familles exténuées décide de leur proposer un autre terrain sur lequel il n’a pas de projet immédiat : une école désaffectée à Oullins. L’arrivée de roms sur sa commune déclenche la colère du Sénateur-Maire UMP M. Buffet qui promet au chef d’entreprise l’enfer s’il n’expulse pas immédiatement les familles de son terrain. Le promoteur tient bon et ne cède pas. Il signe même un accord avec les familles roms. Il ne les lâchera plus jusqu’à ce qu’une solution digne soit trouvée et en appelle aux pouvoirs publics.

Quelques semaines plus tard, le chef d’entreprise reçoit un appel de la préfecture…

Le second groupe décide de s’arrêter sur un parking voisin, à deux pas de l’église de Gerland. C’est en plein air, ils sont sous la pluie et exposés au froid. Un jour, le curé de Gerland va rencontrer une petite fille qui lui adresse un grand « bonjour ». Touché par la politesse et la spontanéité de l’enfant, le prêtre se rend vers les familles et leur propose de se mettre à l’abri, au fond de son église.

« Nous ne sommes pas dignes de dormir dans une église » lui répondent les familles roms. « Vous n’êtes pas dignes non plus de dormir dehors » leur répond le prêtre.

Les familles acceptent finalement l’offre et se réfugient à l’abri. L’accueil s’organise, une salle plus adaptée est trouvée et ce sont environ 70 personnes qui sont mises à l’abri, sous l’église et la protection du prêtre qui est appuyé par le Cardinal Barbarin, archevêque de Lyon.

Quelques semaines plus tard, le prêtre reçoit un appel de la préfecture…

 

La préfecture explique au chef d’entreprise et au prêtre qu’il a été décidé de régulariser toutes les familles. Une association se rapprochera d’eux et viendra expliquer les modalités de l’opération. La plus grande discrétion est demandée.

Fin décembre, les familles qui se trouvaient sur le terrain du promoteur partent en appartement. Le Directeur de l’association choisie par la préfecture pour mener à bien cette opération explique que le préfet Jean-François Carenco est intervenu personnellement pour que toutes les personnes puissent être relogées. (3)

Le mécanisme se met en place. Après le logement, les familles reçoivent des cartes de séjour d’un an. Dans le même temps, elles suivent des cours de français et les enfants sont scolarisés. Les allocations familiales commencent à tomber.

 

Alors, on pourrait se féliciter de cette initiative et souhaiter qu’elle soit généralisée. Elle pourrait même devenir un modèle du genre. Sauf que…

Sauf que depuis des mois, voire des années, la préfecture nous explique qu’elle n’a pas les moyens d’appliquer la loi et de loger les sans-abri, que les étrangers sans ressources doivent quitter le territoire. Et là, comme par miracle, tout est possible.

Sauf que les associations qui interviennent depuis des années auprès des populations roms : Médecins du Monde, l’Alpil, la Cimade n’ont pas été associées à ce projet. Les élus locaux non plus. Dans un rapport concernant le bilan du plan froid, Médecins du Monde évoque brièvement le sujet en regrettant la façon de procéder. (4)

Sauf que la politique féroce de répression qui s’abat sur les roms depuis le discours stigmatisant de Grenoble reprend de plus belle à Lyon. Après la pause du plan froid, le préfet Carenco recommence à appliquer la politique d’expulsions massives voulue par Sarkozy.

Les enfants retournent en prison avec leurs parents, juste avant d’être expulsés vers la Roumanie. (5)

En une semaine, une centaine de personnes à été expulsée de différents lieux de vie. Des OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) sont distribuées à la volée dont une quarantaine sur le même camp il y a quelques jours. Ces OQTF précisent  que les personnes notifiées « n’ont pas de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d’assistance sociale »… Et que par conséquent, elles n’ont plus de droit au séjour en France. (6)

L’hypocrisie est à son comble.

D’un côté on offre tout à une centaine de personnes et on les transforme en une charge pour l’Etat, de l’autre, on reproche à leurs voisins, leurs cousins, parfois même leurs frères de n’avoir aucune ressource et on les oblige à repartir en Roumanie.

 

La nouvelle se répand comme une traînée de poudre au sein de la communauté rom. « A Lyon, Sarkozy régularise des roms, Sarkozy distribue des titres de séjour, Sarkozy donne des appartements, Sarkozy donne les allocations familiales … ».

Pourtant, les déclarations de Klarsfeld à propos des roms résonnent encore : «  Vous voulez les loger alors que la France est en crise, alors que les étrangers en situation régulière ne trouvent pas de logement ? Ce serait mal accepté par l’opinion publique, difficile budgétairement et cela susciterait un appel d’air. » (7)

Il est trop tôt pour mesurer ce fameux effet « d’appel d’air ». En revanche, on peut d’ores et déjà mesurer l’immense sentiment d’injustice comme l’explique un militant associatif : « Cette opération de régularisation est une catastrophe. L’autre jour, j’ai rencontré un enfant de 12 ans qui venait d’être remis à la rue avec sa famille en raison de l’arrêt du plan froid. J’ai dû passer 30 minutes pour tenter de lui expliquer pourquoi lui et sa famille n’avaient aucune chance de disposer des papiers, de l’appartement et des allocations familiales alors que ses cousins viennent d’en bénéficier. Il m’a répondu qu’il vivait avec sa famille en France depuis 7 ans, alors que son cousin, lui, était arrivé en France il y a 7 mois… ».

 

En fin de compte, c’est surtout cela qui met mal à l’aise. On a vraiment le sentiment que nous ne vivons plus dans un état démocratique où les citoyens sont égaux devant la loi, mais dans une  ploutocratie où quelques puissants ont le droit de vie et de mort sur leurs sujets.

Nous savons depuis 5 ans qu’en sarkozie, selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Maintenant, si vous êtes rom, selon que vous toucherez le cœur d’un chef d’entreprise ou d’un prêtre vous serez logé, régularisé et on vous versera des prestations familiales. Si vous n’avez pas cette chance, alors vous serez traqué, fiché, enfermé et expulsé.

Certains observateurs pensent que c’est la puissante Eglise de Lyon et son Cardinal qui sont à l’origine de cette invraisemblable opération de la préfecture.

Ce qui est certain c’est qu’en signant les cartes de séjour d’une main et les expulsions de l’autre le préfet applique à la lettre l’évangile selon Saint Matthieu.

«… quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite ». Matthieu (6:3) 

 

(1) http://www.lyoncapitale.fr/Journal/univers/Actualite/Logement/Lyon-7e-C-est-le-temps-des-Gitans

(2) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/220911/la-roumanie-nest-pas-auschwitz-mais-ici-cest-deja-vichy

(3) Jean-François Ploquin Directeur de Forum Réfugiés, Le progrès, 31 décembre 2011: «  Après plusieurs semaines de travail conjoint entre l’association Forum Réfugiés et l’entreprise d’insertion par le logement Adoma, six ménages, dont 5 avec enfants, ont quitté hier l’ancienne école Jean Jaurès d’Oullins. Les familles ont en effet intégré deux grands appartements, l’un dans le 8ième arrondissement de Lyon, le second à Vaulx-en-Velin…Sur ce dossier, le préfet du Rhône, Jean-François Carenco, était intervenu pour que ces familles, originaires de Roumanie, en accueil précaire à Oullins puissent bénéficier d’une solution d’hébergement. »

(4) http://www.medecinsdumonde.org/Presse/Communiques-de-presse/France/Fin-du-plan-grand-froid

(5) http://blogs.mediapart.fr/blog/philippe-alain/200312/un-nourrisson-en-prison

(6) http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do?idArticle=LEGIARTI000006334964&idSectionTA=LEGISCTA000006147746&cidTexte=LEGITEXT000006070158&dateTexte=vig

(7) http://www.nordeclair.fr/Actualite/2011/10/28/loger-les-roms-serait-mal-accepte-par-l.shtml

Où les Roms cultivent leur terre d’accueil [Rue89]

source : blogs.rue89.com/les-faits-du-logis

Où les Roms cultivent leur terre d’accueil

Publié le 07/04/2012 à 11h46

Créé à Montreuil, le projet insolite Ecodrom permet à une communauté rom de six familles de vivre en autosubsistance, après avoir résisté aux demandes d’expulsion.


Alex, jeune chef des lieux, et les enfants forment le comité d’accueil (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Tiré à quatre épingles, les cheveux luisants et l’air étonnement apathique, Alex*, 29 ans, chasse les deux molosses qui surveillent l’entrée du camp  : « Bienvenue chez nous  ! », sourit-il. A deux pas du périphérique, dans le Haut-Montreuil, difficile de rater l’écriteau peint en vert  : « Ecodrom 93 ». Littéralement, le mot signifie « le chemin de l’écologie ».

La quiétude règne dans la cour qui abrite une rangée de cabanes composées d’un patchwork de matériaux récupérés. Un tapis à l’entrée et une fenêtre à double vitrage contrastent avec des bâches et planches en guise de toiture, le cache-misère d’un habitat de fortune.

Cultures, récup’ et construction de bois

Une trentaine de Roms vivent désormais sur ce vaste terrain de 2 000 milles mètres carrés acquis par la communauté sous forme de bail précaire et « qui doit être renouvelé tous les ans », insiste Alex, devenu le chef de la communauté depuis le départ de son beau-père.

C’est au terme d’une longue bataille juridique que Colette Lepage, fondatrice de l’association, et les bénévoles ont réussi à éviter l’expulsion du groupe. Le projet, qui s’inscrit dans la logique du nouveau quartier urbain de Branly-Boissière, est en accord avec les méthodes de culture écologique pratiquées dans la province d’Arad, leur région d’origine en Roumanie.


Les mains des occupants du camp Ecodrom (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Pour travailler les 600 mètres carrés de terrain cultivable, les familles fonctionnent dans la plus grande solidarité. Dès le mois de mars, chacun devait aider à retourner la terre pour préparer les plantations. Alex raconte :

« On cultive nos propres légumes, grâce aux semences qu’on ramène de Roumanie  : oignons, ail, persil, carottes, tomates, haricots, pommes de terre, chou et même des aubergines. »

Il répète plusieurs fois le mot aubergine pour ne plus l’oublier. L’année dernière, ils ont déjà fabriqué une serre avec du bois de récupération pour y planter les semis et transplanter les jeunes pousses dans le terrain. Alex montre de gros barils métalliques au milieu d’un amas d’objets :

« On récupère l’eau de pluie dans ces seaux pour tous nos besoins quotidiens et pour arroser nos cultures. »

Colette leur apprend à utiliser les déchets organiques pour faire du compost. Recyclage et matériaux nobles sont omniprésents dans la conception de leur campement :

« On a nettoyé le terrain qui était pollué d’ordures, on a construit toutes les baraques en bois nous-mêmes, et on se chauffe au bois. »

Un « conseil » tous les dimanches

Un jeune homme bricole des objets en fer accroupi devant la porte rafistolée de l’un des logements.

« On va chercher des métaux à la déchetterie et on fabrique de nouvelles choses, ou on vend les pièces. On va même faire un atelier de réparation de vélos. »

A ses côtés, Ionel, 9 ans, exhibe son nouveau vélo, comme sorti d’une BD futuriste et visiblement rafistolé. La mendicité, la cueillette des fleurs et la vente d’objets trouvés sont les principales ressources des familles  : « Grâce à cela, chaque famille gagne environ 300 euros par mois », calcule le jeune Rom.

Alex se charge par ailleurs d’animer tous les dimanches une réunion avec l’ensemble des familles :

« J’ai trois frères dans le camp, et c’est moi le plus petit. Mais comme je parle français et que je connais tout ici, c’est moi qui m’occupe de l’organisation. »

Maintenant que le jeune chef connaît les gens du quartier, qui sont parfois bénévoles de l’association, il ne fait plus la manche. Et raconte en riant une déconvenue récente :

« Un jour, j’étais devant un magasin et une femme est sortie avec un caddie rempli, je lui ai demandé de l’argent… J’ai menti en disant que j’avais quatre enfants, et là, la dame me regarde et me dit  : “Alex, tu ne me reconnais pas  ? ” J’avais trop honte. »

Un gîte touristique ouvert dans une cabane


La cabane de l’hôtel Gelem, installée au sein du camp (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Aujourd’hui, de nouvelles initiatives viennent enrichir le projet. Deux Allemands ont ainsi permis la construction d’un gîte touristique en bois, dans le camp.

L’Hôtel Gelem accueille des touristes suisses ou allemands à partir du mois de mai. Chacun y trouve son compte  : un logis bon marché pour les uns, une modeste source de revenus pour les autres (entre 15 et 25 euros la nuit).

Et surtout, cela permet d’établir un dialogue et donc de lutter contre la stigmatisation de ces populations. « On n’est pas des voleurs », répète Alex.

Chaque famille participe en payant un « loyer » symbolique de 10 euros par mois, et le groupe électrogène leur permet d’avoir de l’électricité.

« C’est moi qui l’ai acheté, mais tout le monde met de l’argent pour payer l’essence. »

Après sept mois de démarches administratives, la communauté a enfin obtenu de la mairie l’installation d’un compteur d’eau.


Une des familles du camp Ecodrom (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Alex est lucide, et sait que les familles ne pourront pas s’éterniser sur ce terrain.

« En 2015, le tramway entrera en fonction juste à côté. Nous devrons sûrement partir et trouver un autre endroit. J’ai envie d’aller vivre en Angleterre. On ne peut pas passer toute une vie à faire la manche. Là-bas, j’ai un peu de famille, et je peux travailler. »

En attendant, c’est lui qui organise la cohabitation de cette petite société solidaire dont le rêve ultime est de trouver enfin une certaine stabilité.

Martin Bourdin et Naoile Jouira

*Alex est le pseudo usuel de la personne interviewée

Ce matin, à Annecy, 6 familles Rroms expulsées de leurs caravanes par la police [librinfo74.fr]

source : librinfo74.fr

« ce qui n’a pas empêché certains agents de lancer à l’adresse des familles, gestes à l’appui, qu’un avion était prêt à décoller pour les emmener en Roumanie »

Ce matin, à Annecy, 6 familles Rroms expulsées de leurs caravanes par la police.

Vendredi 6 avril 2012

Par gfumex

Ce matin, à 6H30, 6 familles de Roms ont été délogées de leurs caravanes près de la gare d’Annecy.

Un huissier de justice était sur place, secondé par une trentaine de policiers, pour leur signifier la décision du tribunal d’évacuer le terrain SNCF qu’elles occupaient illégalement.

Coincées sur un petit coin de terre, entre la clôture et le parking d’une ancienne minoterie  près de la gare d’Annecy, ces familles vivaient depuis plusieurs mois dans des caravanes fournies par des militants de la LDH, d’ATD quart monde, et d’associations caritatives.

L’évacuation s’est faite dans le calme sous le regard désolé et réprobateur de ces militants.

Les familles n’ont manifesté aucune résistance. Les policiers n’ont pas usé de violence. ce qui n’a pas empêché certains agents de lancer à l’adresse des familles, gestes à l’appui, qu’un avion était prêt à décoller pour les emmener en Roumanie.

Cinq caravanes ont été emmenées à la Fourrière ; trois ont été détruites

Les membres des associations ont obtenu que les enfants aillent à leur dernier jour d’école, bien que les autorités s’y étaient opposées.

Étaient présents aux côté des forces de l’ordre, Régis Castro*, Directeur de Cabinet du Préfet, chargé de la sécurité, et Monsieur Pothet, Directeur-adjoint de la cohésion sociale.

Où ces familles vont-elles loger ce soir ?

En début d’après-midi, plusieurs militants de la LDH, ont « forcé » gentiment la porte de Monsieur Pothet. Ce dernier a accepté de les recevoir pour leur dire que l’État n’avait pas les moyens matériels et financiers de les reloger. On peur résumer le point de vue de l’administration : les centres d’hébergement d’urgence sont saturés et les caisses sont vides.

Devant cette impasse, une délégation s’est rendue à la mairie d’Annecy. Ils ont pu trouver une certaine écoute compassionelle de la part des maire-adjoints, Dominique Puthod et Marie-Noëlle Provent et du maire Jean-luc Rigaut.

La mairie d’Annecy a réservé 18 places d’hôtel pour accueillir ces familles pendant le week-end de Pâques.

À 21H00, Philippe Métral-Boffod, conseiller municipal d’opposition négociait au téléphone 6 places supplémentaires avec le maire d’Annecy.

À 21H30, à côté des affaires sauvées des caravanes, recouvertes d’une bâche pour les protéger de la pluie, il restait la famille d’Héléna…

* Vous pourrez découvrir les interview de M. Castro et de certains militants dans un article à paraître demain sur librinfo.

VOIR AUSSI

  1. Fausse alerte pour l’expulsion des Rroms du terrain SNCF d’Annecy, mais leur évacuation est bien programmée.
  2. Évacuation par la force publique des familles Rroms du terrain du Pont-neuf à Cran-Gevrier.
  3. La SNCF demande à la Justice d’expulser des familles Roms installées sur un terrain désaffecté près de la gare d’Annecy
  4. Enquête sur les familles Rroms du bidon ville de Cran-Gevrier
  5. Des Rroms expulsés d’un terrain d’accueil pour gens du Voyage sur Annemasse.