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Macédoine : ces enfants qui travaillent plutôt que d’aller à l’école [Le Courrier des Balkans]

source : http://balkans.courriers.info/article23156.html

18.000. Ce serait le nombre d’enfants déscolarisés en Macédoine, selon l’association Megjasi. Des enfants rroms pour la plupart, qui travaillent dans des garages de la capitale ou passent leur journée à biner la terre pour un salaire dérisoire.

 

Nova Makedonija

Macédoine : ces enfants qui travaillent plutôt que d’aller à l’école

Traduit par Slavica Rizovska
Sur la Toile :

Mise en ligne : mercredi 25 septembre 2013
18.000. Ce serait le nombre d’enfants déscolarisés en Macédoine, selon l’association Megjasi. Des enfants rroms pour la plupart, qui travaillent dans des garages de la capitale ou passent leur journée à biner la terre pour un salaire dérisoire. L’instruction est théoriquement obligatoire, mais pas pour tout le monde.

Par Antonija Popovska-Hristov

Ils ont entre 13 et 14 ans. Ils devraient être à l’école. Ils ont choisi de prendre la clé des champs. Certains travaillent dans des garages. D’autres sarclent la terre. Ils gagnent environ 200-300 denars (entre 3 et 5 euros) par jour. Et, souvent, ils trouvent que cela vaut mieux que d’être sur les bancs.

À Strumica, au sud-est du pays, une vingtaine d’enfants travaillent la terre, ou aident leurs parents à faire la vendange, pour une bouchée de pain. La nuit, ils dorment sous des tentes.

En Macédoine, l’instruction est obligatoire. Mais selon la « Première ambassade des enfants dans le monde Megjasi », 18.000 enfants seraient déscolarisés – soit environ 5 % de la population d’âge scolaire.

« Malgré les mesures prises pour intégrer ces enfants dans l’enseignement scolaire, en particulier les enfants des rues, l’approche n’est pas suffisante et la stratégie reste incohérente », regrette l’association Megjasi. Les parents qui dérogent à l’obligation de faire instruire leurs enfants risquent une amende de 1.000 euros. Mais, sur recommandation du ministère de l’Éducation, les inspecteurs se contentent le plus souvent de donner des avertissements.

« Ces enfants ne voient aucune perspective d’avenir dans les livres. Ils ont fini l’école primaire, ils ont appris à lire et à écrire, puis ils ont commencé à travailler pour gagner leur croûte. Leurs parents les y ont parfois même encouragés », racontent des habitants de Butel, une des dix municipalités de Skopje, où de nombreux enfants travaillent dans des garages.

Selon Zoran Uzunov, inspecteur d’école dans la municipalité de Strumica, le nombre d’enfants déscolarisés baisse chaque année. Il y a quelques années, ils étaient 70. Aujourd’hui, ils ne seraient plus qu’une vingtaine.

« Nous avons reçu des recommandations du ministère de l’Éducation et des Sciences pour éviter de pénaliser les parents. Nous leur donnons un avertissement et les informons de l’obligation d’envoyer leurs enfants à l’école. Les enfants d’origine rrom ou turque travaillent principalement aux champs. Ils vivent sur place avec leurs parents, ils sont logés dans des tentes, et ils font les vendanges dans la région de Gevgelija ou de Kavardarci. Nous convoquons les parents à la mairie et nous leur expliquons que l’éducation est obligatoire. On note des changements et une certaine prise de conscience chez eux. Mais il reste encore beaucoup trop d’enfants qui sèchent l’école », explique Zoran Uzunov.

Cette année, à Štip, en Macédoine orientale, sur 436 enfants inscrits en première année, 82 sont manquants. « Certains ont des certificats médicaux justifiant une inscription scolaire retardée. D’autres, nés en janvier, n’ont pas l’âge légal – cinq ans et demi – pour aller à l’école. Enfin, il y a ceux qui sont à l’étranger. Quoi qu’il en soit, nous expliquons aux parents que leurs enfants doivent intégrer le système scolaire, conformément à la loi », rapporte Milena Ristova-Mihajlovska, porte-parole de la municipalité de Štip.

À Prilep, dans la partie méridionale du pays, la majorité des enfants déscolarisés sont rroms. Mais de plus en plus de parents se rendent compte de l’importance de l’éducation et inscrivent désormais leurs enfants à l’école.

En 2012, 392 amendes ont été prononcées par les inspecteurs de l’Éducation nationale. Selon l’association Megjasi, plus de 2.000 enfants déscolarisés sont exploités dans leur travail. 1.500 d’entre eux n’ont pas d’acte de naissance et ne peuvent donc pas faire valoir leurs droits.

Précarité, croyances traditionnelles (surtout quand il s’agit de filles), faible niveau d’études des parents, manque d’écoles en zone rurale ou inaccessibilité de celles-ci expliqueraient pourquoi ces enfants sont exclus du système scolaire.

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Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles [Rue89]

source : http://www.rue89.com/2012/11/09/pourquoi-nous-avons-aide-les-roms-en-bas-de-chez-nous-echirolles-236889

Témoignage 09/11/2012 à 18h02

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles

Cheryl Pereira | Habitante d’Echirolles

Un lundi, je découvre un tract contre les « nuisances » des Roms qui campent près de mon immeuble : « Il y a tout lieu de redouter les cambriolages. »

Les familles roms se sont installées mi-octobre sur l’herbe, juste devant chez nous. Une soixantaine de personnes, dont des femmes enceintes et beaucoup d’enfants.

Nous vivons à la frontière entre Grenoble et Echirolles (Isère), au sud du quartier des Granges (tristement célèbre). J’habite un des trois immeubles sociaux, entourés d’une majorité de copropriétés.

De nos fenêtres nous voyons le terrain de foot, un parking et cette étendue d’herbe où ils ont planté leurs pauvres tentes igloo dans des conditions insalubres : pas de poubelles, pas de toilettes, pas d’eau.

Un tract sur la porte du hall

Des voisins sont allés à leur rencontre, discuter avec eux, essayer de savoir d’où ils venaient. Personnellement je n’y étais pas allée jusqu’à ce qu’en rentrant chez moi, lundi 22 octobre, je trouve ce tract affiché sur la porte du hall.


Le tract affiché dans le hall de l’immeuble

« Un camp de Roms s’est installé depuis mardi dernier, dans le pré qui borde le parking d’Alpexpo, à la limite entre Grenoble et Echirolles.

Afin de ne pas subir une nouvelle fois des nuisances de toute sorte, tout comme cet été, nous devons nous mobiliser en masse et avertir les autorités compétentes (mairies de Grenoble et Echirolles, ainsi que la police afin que ces gens soient obligés de partir).

Chaque jour, de nouvelles tentes sont installées et chaque jour les ordures et déjections s’amoncellent un peu plus !

Ces gens se promènent la nuit dans nos environs, et il y a tout lieu de redouter les cambriolages…

Il faut donc agir au plus vite tant qu’il n’y a qu’une quinzaine de tentes, pour le bien de tous et surtout pour éviter une dégradation constante, depuis plusieurs mois, de notre quartier.

Mobilisez-vous pour le quartier des Granges. »

Ce n’était pas signé bien sûr. J’ai tout de suite pensé à Marseille, aux habitants qui ont chassé des Roms et brûlé leurs affaires, ça m’a vraiment choquée.

Je me demande comment quelqu’un a pu écrire ça. Les familles sous tentes sont roms mais toutes avaient peur de la réaction des riverains, elles ne se promenaient pas dans le quartier. On ne pouvait ressentir aucune menace de leur part. Furieuse, j’ai fait le tour des immeubles pour arracher ces tracts.

J’ai affiché un mot à la main, disant qu’il y avait des gens en détresse juste en bas de chez nous, et qu’on pouvait peut-être les rencontrer plutôt que leur taper dessus. Puis j’ai envoyé un e-mail à tous mes voisins du secteur – je fais partie d’une association de locataires mais je leur ai écrit à titre individuel – pour leur demander s’ils savaient d’où pouvait venir ce torchon raciste.

Une petite fille en sandalettes

Nous nous sommes concertés pour aller rencontrer les Roms, à six ou sept voisins. Au début, ils étaient sur leurs gardes, se défendaient : « C’est la police qui nous a dit de venir. » On leur a expliqué qu’on était simplement étonnés qu’ils se retrouvent ici.

Une dame m’a montré sa petite fille en sandalettes, qui marchait les pieds mouillés dans l’herbe. Une femme a dit qu’elle avait froid, une autre qu’elle avait peur des rats. Un gamin de 11 ans qui parlait français faisait la traduction, et de temps en temps il partait pour aller jouer.

Ils nous ont dit être macédoniens, serbes, kosovars, et ne se comprenaient pas tous entre eux. Un de nos voisins a pu converser en italien avec un Macédonien qui parlait bien cette langue. Plus tard, ce voisin a acheté des bâches et cordages pour protéger les fragiles tentes igloo des « campeurs ».

Nous avons sollicité le collectif La Patate chaude, qui a l’habitude de travailler avec les Roms. Ses membres parlant serbe nous ont accompagnés.

Gâteaux, couvertures, vêtements

Toute l’organisation s’est faite de manière spontanée, entre nous. Chacun a des talents spécifiques : certains parlent plusieurs langues, d’autres ont travaillé dans des crèches ou avec des personnes âgées, d’autres avaient un impressionnant carnet d’adresses, etc.

Les associations, déjà très occupées, nous ont donné de précieux conseils et orientés vers les « bons » interlocuteurs. Nous avons sollicité les élus et harcelé les autorités. Nous avons bombardé les mairies d’e-mails, d’appels. C’était toujours de la compétence de l’autre administration. Personne ne bougeait.

La nuit, la température tombe. Nous avons envoyé des e-mails à toutes nos connaissances pour obtenir de l’aide et donné aux familles des couvertures, de la nourriture, des vêtements. Nous avons emmené les malades chez les médecins du quartier ou à Médecins du monde.

On leur a prêté une pioche pour creuser des latrines, qu’ils ont ensuite rendue. Les familles ont gardé leur campement très propre, en entassant leurs déchets dans de grands sacs poubelles dans un coin, avant que nous les emmenions à la déchetterie en voiture.

A chaque fois qu’on repartait, on était mal de savoir que des enfants dormaient dans ces conditions.

Au centre social

Quand il s’est mis à pleuvoir au bout de quatre jours, nous avons débarqué au centre social et obtenu de pouvoir nous y réunir. Avec quelques hommes du campement évidemment, pour voir avec eux ce dont ils avaient le plus besoin.

Leurs demandes nous dépassaient complètement : ils disaient « maison », « école », « papiers », « travail ». Et « manger », ce qui nous faisait le plus mal au cœur. Nous avons essayé de comprendre leur situation administrative avec des interprètes macédoniens adorables.

Les secrétaires du centre social ont apporté du thé et du café à tous. Le directeur a accepté de nous laisser le centre pour le week-end et pour des réunions, sans accès aux toilettes cependant.

Samedi 27 octobre, mon compagnon, qui est restaurateur, a fait un mégarepas chaud. On a fait venir les familles au centre social à tour de rôle et avons pu servir plus de 70 personnes.

Déménagement au gymnase

Cet après-midi-là, le directeur général des services de la mairie d’Echirolles est venu nous annoncer l’évacuation des Roms vers un gymnase à Grenoble. Faute de véhicules, ils devaient y aller en tram.

Les téléphones ont marché à fond pour trouver de l’aide et des voitures. Pendant que les hommes démontaient le camp, nous avons emmené les femmes et les enfants.

Une douzaine d’habitants du coin ont fait le déménagement avec des membres du collectif de la Patate chaude et deux estafettes que la ville a fini par nous accorder.

Dès que les hommes sont arrivés au gymnase, ils ont couru comme des fous à l’intérieur pour s’assurer que les femmes et les enfants étaient bien là. On était sidérés et on s’est demandé ce qu’ils avaient subi dans leur vie pour avoir si peur. Nous avons passé le relais à la Croix-Rouge.

Collecte et couscous

Depuis, on s’est relayés tous les jours. Un restaurant près du gymnase a servi 100 repas le dimanche. Les parents de Sofiane, tué il y a un mois à Echirolles, ont fait un couscous. On a continué à récupérer des couvertures, des chaussures, des biberons, des chauffe-biberons, des médicaments pour les malades.

Certains on acheté du lait, des petits pots de fruits, des couches, d’autres des produits d’hygiène, on a distribué des serviettes de toilette, une dame est venue avec du chocolat chaud.

Nous avons accompagné une femme enceinte à l’hôpital pour l’accouchement. Elle a été renvoyée au gymnase avec un bébé de 3 jours. Tous ceux qui sont passés, assistantes sociales, médecins, pompiers, assistants parlementaires, étaient atterrés de ces conditions de vie.

Puis les familles ont été évacuées du gymnase. Les familles avec des enfants mineurs dans des centres d’accueil, les autres, à la rue.

Cynisme des pouvoirs publics

Je savais que le parcours de ces immigrants était difficile, mais pas à ce point. Il existe un véritable cynisme des pouvoirs publics. Avec ces phrases toutes faites comme « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », on a complètement occulté qu’il s’agissait d’êtres humains.

Je ne fais pas d’angélisme : il peut y avoir des chapardages, il peut aussi y avoir des réseaux mafieux, mais les Roms sont traités en sous-hommes un peu partout en Europe.

Nous comptons vraiment suivre ces familles et savoir ce qu’elles vont devenir. Nous avons décidé de nous appeler « Collectif citoyen des habitants des Granges et d’Echirolles, soutien aux gens de l’ex-Yougoslavie, atterris sous des tentes sur les terrains d’Alpexpo ».

C’est long, comme la liste des gens qui nous ont rejoints dans un formidable élan. Et pour moi ça a une autre signification que lorsque les associatifs prennent tout en main.

En catimini, beaucoup de gens pas concernés m’ont dit : pour les Français qui sont dans la mouise, personne ne bouge le petit doigt. Pour moi, cela ne s’oppose pas. La misère n’est pas acceptable, qu’elle vienne d’ici ou d’ailleurs.

Nous continuerons à interpeller les politiques et leur disons que ce que nous, simples citoyens, faisons avec nos modestes moyens, les autorités doivent le faire plus efficacement et humainement. Nous voulons le changement maintenant.

Rue Germain : chronique d’une rafle annoncée [La Patate Chaude]

source : blog du collectif grenoblois La Patate Chaude

les faits plus que graves étalés sur 2 semaines et 1 seul journal « local » en a fait écho : les 20minutes grenoble

Rue Germain : chronique d’une rafle annoncée

9 décembre 2011 par admin

Récit des événements de l’expulsion de la rue Germain

Les personnes qui ont habité au 8 rue Germain sont des demandeurs d’asile ou des déboutés du droit d’asile venant de l’Ex-Yougoslavie (Serbie, Kosovo, Macédoine). Appartenant pour la plupart à la minorité rom, ils y étaient discriminés.

Certains sont arrivés en France récemment, d’autres depuis environ deux ans, et ils ont tous des démarches en cours afin d’obtenir la reconnaissance ou la régularisation de leur situation. Bien que demandeurs d’asile, ils ont peu ou pas été pris en charge par l’État qui a le devoir de les héberger durant le temps de la procédure.

Ces personnes appellent donc quotidiennement le 115 pour demander un hébergement d’urgence.

Les informations relatives aux personnes qui n’ont pu être logées faute de place sont transmises quotidiennement par le 115 à la Préfecture qui a la responsabilité de l’hébergement des demandeurs d’asile et au Conseil général qui est responsable de l’application de la loi sur la protection de l’enfance (en charge inconditionnelle et continue de l’hébergement d’urgence pour tout ménage comprenant au moins un enfant de moins de 18 ans.)

Après avoir dormi dans le souterrain de la gare, puis au square Jean Macé, puis sous des tentes installées sur une pelouse aux abords de la rue de Stalingrad, plusieurs familles rejoignent au mois début juin une maison occupée par le collectif « la Patate Chaude », qui souhaite alerter sur la situation des centaines de personnes privées d’hébergement et de logement sur l’agglomération grenobloise. La maison en question, située au 8 rue Germain, appartient à la SAFILAF, un promoteur immobilier qui a comme projet de la raser pour y construire une résidence hôtelière à destination des cadres supérieurs en déplacement sur Grenoble. La SAFILAF engage une procédure d’expulsion et le rendu du procès, tombé le 13 octobre 2011, accorde aux habitants de pouvoir rester dans les lieux au moins jusqu’au 9 janvier 2012. Protégés par la trêve hivernale qui interdit les expulsions en hiver sous certaines conditions, les habitants auraient pu résider dans cette maison jusqu’à la fin de celle-ci, mi mars.

La vie dans la maison devient de plus en plus difficile après que la régie des Eaux de la ville de Grenoble ait fait couper l’eau le 13 septembre et GEG l’électricité le 10 octobre. D’autres familles à la rue sont venues rejoindre les premiers occupants et la vie dans la promiscuité, le froid, l’absence d’eau et de lumière, rend la situation difficilement supportable pour les habitants et, dans une certaine mesure, pour le voisinage.

Une centaine de personnes vivent alors dans les lieux, dont la moitié d’enfants et de jeunes, la plus part scolarisés malgrès de nombreuses difficultés pour le faire.

Le CCAS de la ville de Grenoble est passé récemment recenser les familles, leur promettant une solution d’hébergement dans les jours suivants.

Agression rue GermainA la fin du mois de novembre, les habitants sont victimes à deux reprises d’attaques xénophobes violentes. Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 novembre, des hommes cagoulés tirent des coups de feu sur la porte du hangar situé derrière la maison, où vivent de nombreuses personnes, en proférant des menaces. Ils intiment l’ordre aux habitants de « dégager » et promettent de revenir. Deux jours plus tard, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 novembre, deux hommes pénètrent par effraction dans la maison, brisant à coups de batte de base-ball portes et vitres et menaçant de « gazer » les habitants.

Le lendemain de cette seconde attaque, la BAC (Brigade anti-criminalité) débarque à la maison en civil, sans porter de brassard ni aucun signe permettant de savoir qu’il s’agit de policiers. Croyant à une nouvelle agression, un habitant se saisit d’une hache, se préparant à se défendre. Un policier de la BAC sort alors son pistolet et le lui met sur la tempe dans une attitude extrêmement violente et dangereuse.

Ce même jour, de crainte que ces agressions ne se renouvellent, les habitants, à bout, se rendent devant l’association « La Relève » (chargée par la préfecture de l’hébergement des demandeurs d’asile et de l’hébergement d’urgence) afin d’exiger une solution d’hébergement décente.

On leur dit de revenir le jeudi 1er ou le vendredi 2 décembre, et qu’ils auront un hébergement dans des bâtiments situés à Saint-Martin le Vinoux dès le lundi 5 décembre. S’ils devraient être équipés de toilettes et de douches, on leur annonce qu’ils ne pourront pas y cuisiner…

Un dépôt de plainte contre X est déposé le mardi 30 novembre par les habitants au commissariat de Grenoble. La police, d’abord réticente, fini par enregistrer une plainte pour « menace de mort » qui rend assez mal compte des événements, déconnectant notamment les propos proférés des coups de feu tirés…

Vendredi 2 décembre, un départ de feu accidentel nécessite l’intervention des pompiers.

Vers 10h30 h les pompiers viennent éteindre le début d’incendie et arrivent rapidement à le maîtriser.

Explusion rue Germain le 2/12/11Quelques minutes plus tard, la police nationale arrive. Un policier se poste non loin de la maison, armé d’un fusil mitrailleur.

Très rapidement, la police ordonne aux habitants de sortir et de se regrouper devant la maison, sous la surveillance d’une vingtaine de policiers.

Ils prétendent alors faire un « recensement » et prennent les noms des familles.. Il n’y a pas d’interprète de serbe ou de macédonien sur les lieux, et les personnes françaises qui essaient d’en savoir plus sur la nature des actes se font refouler par les policiers.

Vers 13 heures, les policiers ordonnent à une personne par famille de venir chercher les affaires à l’intérieur en demandant les passeports. Ils en gardent certains, sans le justifier aux personnes concernées.

Vers 14h30, un grutier et des ouvriers  arrivent, ainsi qu’un camion Point P chargés de parpaings ainsi qu’ une grue..

Police rue GermainVers 15h30, les premiers fourgons de police arrivent pour emmener les familles à l’Hôtel de Police. Celles-ci chargent leurs affaires dans les camions à la demande des policiers.

Quand les gens demandent pourquoi ils sont embarqués, les policiers répondent : « on va s’occuper des papiers ». Ils ont dit aussi « pour avoir un logement ». Les policiers prétendent emmener les gens au commissariat pour leur proposer ensuite un hébergement en hôtel.

Quand les gens demandent ce qu’il en est de l’hébergement, les policiers répondent « On va voir », si bien que certaines personnes ont pu croire que l’intervention de la police permettrait de trouver un toit temporaire. Le fait que les policiers leur aient demandé d’emmener leurs affaires personnelles a aussi pu renforcer, pour certains, cet espoir.

Après contrôle de leur situation administrative, les personnes ressortent du commissariat, entre 17h et 20h, au compte-gouttes, chacun comptant au fur et à mesure qui de sa famille manque à l’appel (père, mère, enfants, grand parents). Les personnes sorties restent à attendre avec leurs valises entassées sur les trottoirs.

Les policiers viennent rechercher à l’extérieur une jeune mère de famille qu’ils avaient relâchée, son bébé de moins d’un an dans les bras. Ils ne répondent pas à nos questions sur la raison de leur acte. Son autre enfant, qui a trois ans, s’accroche à elle en pleurant. Les policiers tentent alors de séparer l’enfant de sa mère mais n’y parviennent pas, grâce à l’intervention de plusieurs personnes. La situation cristallise néanmoins la colère des personnes présentes, qui protestent, abasourdies par cet acharnement.

Vers 20h30, un fourgon sort de l’Hôtel de Police, emmenant au Centre de Rétention Administrative de Lyon-St Exupéry la jeune femme en question et ses deux enfants, sous le regard de son mari qui, lui, a été libéré.

Un père de quatre enfants est aussi emmené sous le regard de sa femme et de ses enfants.

Un jeune homme enfin fait partie du convoi. Ses parents et son frère le regardent partir en larmes.

Pendant ce temps, devant la maison fraîchement murée, un vigile empêche les anciens occupants de revenir chercher leurs affaires. Au bout d’un moment, ce sont des policiers qui arrivent, munis de mitraillettes, l’air menaçant.

Le Conseil Général, appelé à de nombreuses reprises par des militants de la patate chaude répète qu’un hébergement d’urgence ouvrira lundi sans proposer d’aide. Le CCAS consent à financer deux chambres d’hôtel pour deux familles ayant des enfants en bas âge, laissant le soin aux familles de s’y rendre seules avec leurs (vie en) bagages et laissant donc le soin aux militants présents de les emmener dans leur propre véhicule.

Dans la soirée, une partie des familles, ne sachant pas où dormir et faire dormir leurs enfants, prend la décision de se rendre à Fontaine, à l’ancienne discothèque le Drac Ouest aujourd’hui désaffectée, où ils pensent poser leur affaires et se reposer pour la nuit, à l’abri de la pluie.

Une voiture de police, s’arrête à hauteur des personnes qui allaient attendre le camion de la Croix Rouge Rouge, prévenue par le 115 qui apportait à boire et à manger. Deux policiers contrôlent l’identité des 4 français et des demandeurs d’asile présents. Ils seront rapidement rejoints  par 3 autres voitures dont l’une avec des chiens, pour faire sortir les personnes encore à l’intérieur de l’enceinte du Drac Ouest  « pour des raisons de sécurité » disent ils et de « protection des personnes ». « Elles seront plus en sécurité dans la rue que dedans ». Celles-ci resteront 4 heures à attendre dehors. Entre temps les policiers ont renoncé à contrôler les papiers . Ne sachant plus trop quoi faire ils font déplacer la capitaine en veille. Celle-ci est prête à ne pas évacuer si un élu de la ville prenait la responsabilité de leur présence. Les élus (Nourdine Sakirda et Edouard Schœne accompagnés de Laurent Richard, directeur Pôle Développement Urbain Durable de la ville de Fontaine) ont refusé cela, tout autant que de trouver une solution d’hébergement au moins pour la nuit, argumentant que c’était du ressort du CCAS de Grenoble, puisque la rue Germain en dépend, et non de celui de Fontaine.

A 0h30, les policiers exigent des familles qu’elles reprennent le dernier tramway en direction de Grenoble. La police suggère aux familles de se rendre au souterrain de la gare, et un policier informe le conducteur du tramway de cette décision unilatérale.

Les familles se rendent finalement dans une maison vide où certains anciens habitants de la rue Germain se sont déjà réfugiés, et tous s’y entassent, préférant ça plutôt que dormir dehors. Les lieux ne sont pas immenses, mais ils accueillent alors environ la moitié des anciens habitants de la maison de la rue Germain, soit une soixantaine de personnes… Cette maison, squattée par des familles roms, est elle-même officiellement expulsable lundi 5 décembre. Avant cette date, elle constitue le domicile des personnes au sein duquel elles sont protégées par le principe d’inviolabilité du domicile. Pourtant, samedi 3 décembre en fin d’après-midi, la police pénètre dans la maison, et sans raison apparente,  ils aspergent les lieux de gaz lacrymogènes.

Patate chaude. Dimanche 5 décembre 12 h

Publié dans Compte-rendus | 2 Commentaires

2 réponses

le 12 décembre 2011 à 4:01 | Répondre  Nic

“… rend la situation difficilement supportable pour les habitants et, dans une certaine mesure, pour le voisinage.”

“Dans une certaine mesure” vous êtes vraiment des irresponsables de balancer toutes ces familles à cet endroit sans les encadrer, sans les accompagner et en faisant comme s’il n’y avait pas de problème avec le voisinage … Se servir de ces gens à des fins purement idéologiques comme vous le faites, sans anticiper ni même en assumer les conséquences c’est non seulement irresponsable mais également dégueulasse …

le 13 décembre 2011 à 3:16 |  admin

Nous n’avons pas « balancé » toutes ces familles, elles sont venues d’elle-même dans cette maison. Elles pâtissaient les premières de la surpopulation. Elles ont préféré habiter dans cette maison plutôt que de vivre dans la rue. Elles avaient droit à un hébergement en cours de demande d’asile, ce que les autorités en place leur ont refusées. C’est donc les autorités en place qui sont irresponsables et refusent d’agir, en toute illégalité d’ailleurs.
Nous n’avons jamais nié qu’il n’y avait pas de problèmes avec le voisinage. D’ailleurs certains voisins, conscients de ces problèmes, ont agi dans un autre sens que le votre : ils ont rencontré ces personnes, leur ont parlé directement.
Ce qui s’est passé dans votre voisinage est le résultat d’une politique qui au mieux exclut et humilie, au pire terrorise. Nous essayons de lutter contre cette politique.
Et à la différence des « responsables » de cette politique, nous ne prétendons pas « encadrer » qui que ce soit, ni savoir à leur place quel est leur bien. Nulle idéologie là-dedans, simplement de l’écoute. Peut-être, si vous aviez engagé un dialogue avec eux, auriez vous su de la bouche des principaux concernés s’ils avaient l’impression qu’on se servait d’eux.
Vous aurez tout loisir de retrouver votre tranquillité perdue lorsque l’immeuble de grand standing construit par la SAFILAF logera des cadres supérieurs (peut-être étrangers également) de passage à Grenoble pour quelques nuits. Quant aux personnes dont vous déplorez qu’elles aient trouvé un logement de fortune à votre porte, elles continueront, loin de vos regards, à errer dans les bas-fonds d’une société qui les y relègue.

Quand à nos erreurs, nous tâcherons de les comprendre pour persévérer dans notre lutte.

Le collectif La Patate Chaude