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[ articles sur les Roms à Grenoble, en France et ailleurs ]

Archives de Tag: hébergement

L’hébergement des demandeurs d’asile en Isère: une politique de dissuasion? [ada-grenoble.org]

source : http://www.ada-grenoble.org

L’Observatoire de l’Asile en Isère organise une

Conférence de presse le 5 Mai 2014 à la Maison des Associations

La question de l’hébergement des demandeurs d’asile occupe le devant de la scène médiatique et politique depuis plusieurs années. Le sujet est évoqué avec acuité et urgence avec l’ouverture d’un processus de concertation, en prévision de la transposition en France de nouvelles directives européennes régissant l’accueil des personnes engagées dans une demande d’asile. Des rapports rendus publics au cours de l’année 2013 – jusqu’au très récent rapport du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques diffusé en avril 2014 – s’accordent pour dénoncer la saturation des dispositifs d’hébergement, et dresser le diagnostic d’un système de demande d’asile « à bout de souffle ».

La réalité de terrain montre une situation beaucoup plus complexe, et humainement tragique.
Reposant sur une enquête de 6 mois dans le département de l’Isère et l’agglomération de Grenoble, l’Observatoire de l’Asile en Isère, porté par un collectif d’associations impliquées dans l’accompagnement des demandeurs d’asile du département, dresse un constat mettant en évidence l’impact des choix politiques dans les questions liées à l’hébergement.

1123 places pour 1962 personnes

Le rapport rédigé par l’Observatoire dresse tout d’abord un état des lieux des dispositifs d’hébergement accueillant des demandeurs d’asile. Ces dispositifs sont complexes et contraints par les coûts et les choix réalisés en matière de politiques publiques d’accueil des étrangers. Ils sont également strictement encadrés par des textes imposant des normes minimales, et les responsabilités des différents acteurs, notamment de l’Etat. Le Dispositif national d’accueil financé et piloté par l’Etat, comprenant des places d’hébergement en CADA et en hébergement d’urgence des demandeurs d’asile gérés par des opérateurs en général associatifs, est ainsi largement sous-dimensionné. Les collectivités locales ont également un rôle à jouer. Le CCAS de Grenoble et le Conseil général de l’Isère se sont longtemps substitués à l’État pour héberger des familles dans de coûteux hébergements hôteliers. Elles en sont venues à se désengager et renvoyer l’Etat à ses responsabilités. Quant aux dispositifs d’accueil d’urgence, chroniquement saturés, ils s’opposent souvent à l’accueil des populations étrangères. Les demandeurs d’asile sont mis à l’abri au cours de l’hiver, mais sont remis à la rue le printemps revenu, par centaines.

36% des primo-arrivants seraient en procédure prioritaire en 2013

L’Observatoire aborde ainsi la question sous l’angle de politiques publiques visant délibérément à exclure les demandeurs d’asile des dispositifs d’hébergement, afin d’en limiter le coût et la surcharge. Différents mécanismes sont adoptés: opacité des attributions, généralisation de procédures de demande d’asile s’opposant à un accès à l’hébergement, et un système de « priorisation » qui exclut la plupart des personnes en dehors de « motifs exceptionnels », au mépris souvent des grands principes fixés par la loi. Ces systèmes sont largement validés par les cours de justice. L’ensemble relève bien plutôt d’une stratégie de dissuasion dont la conséquence la plus directe est d’orienter les flux vers les régions voisines…

839 demandeurs d’asile exclus du Dispositif National d’Accueil

Le rapport de l’Observatoire met enfin en évidence le coût humain de ces orientations budgétaires et de ces choix politiques. Avec 680 nouveaux arrivants en 2013, l’Isère est loin d’être inondée. Pourtant la quasi-totalité de ces personnes, fragilisées par un parcours de fuite et d’errance, ont fait un séjour dans la rue – femmes enceintes et jeunes enfants compris. La majorité des hommes seuls ne bénéficieront jamais d’un hébergement. Ils s’en remettent aux « marchands de sommeil », aux compatriotes, à la solidarité – à votre rue, votre sas de banque, votre hall d’immeuble, vos jardins publics. Le coût social et sanitaire de ces maintiens à la rue dépasse largement les économies réalisées.

Au terme d’une enquête de terrain et d’une analyse cherchant à replacer ce débat passionnel dans son contexte et son ancrage local, l’Observatoire de l’Asile en Isère vise à remettre en perspective les prises de position et les affirmations hâtives, et à offrir des pistes de solution pour les pouvoirs publics et les acteurs de l’hébergement et de l’accueil des demandeurs d’asile. Ces pistes peuvent permettre de mieux conjuguer économies, valeurs républicaines et respect de la dignité humaine.

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« Les roms touchent 75 euros par jour sans rien faire ! » : intox d’extrême-droite [debunkersdehoax.org]

source : http://www.debunkersdehoax.org/blog/lire-article-723900-9862317-_les_roms_touchent_75_euros_par_jour_sans_rien_fai.html

« Debunkers des rumeurs / hoax d’extrême droite – avec votre participation, un site qui démolit les intox des extrêmes-droites »

« Les roms touchent 75 euros par jour sans rien faire ! » : intox d’extrême-droite

22 avril 2013. Revoici un de nos plus gros fournisseurs de hoax,  « Mediapresse 75« ,  (qui sous-titre son blog, sans rire :  « on vous dit tout »  ) .

big_artfichier_723900_2009956_201304210756116« Scandale ! Un Rom vivant en France touche 75 euros net sans travailler ! « 

« les populations Roms vivant en France touchent un joli pactole : 75€ X 30 Jours = 2 250€ par mois ! »
« Qu’on ne s’étonne donc pas du trou abyssal de nos finances… »

 

Le blog  relaie « Novopress », prétendue « agence de presse » « indépendante », et en réalité attrape – nigauds mis en place par le groupe néofasciste « Bloc Identitaire« .

En réalité : une astreinte judiciaire tout à fait exceptionnelle, concernant la Préfecture du Rhône

Bien évidemment, et contrairement au gros pipeau de « Mediapresse 75 », aucun Rom, (comme aucune personne classée dans la catégorie « gens du voyage ») ne perçoit cette imaginaire « allocation rom », que ce soit ces 75 euros / jours ou les 2250 euros mensuels.

En réalité, il s’agit d’un jugement prononcé à Lyon, le 3  avril dernier.( voir Rue89-Lyon)

Le tribunal administratif a estimé que la Préfecture était en infraction, au regard de la loi Dalo de 2009 (droit au logement opposable) ainsi qu’au regard  d’une circulaire ministérielle de l’été 2012,   pour ne pas avoir proposé une solution d’hébergement d’urgence à une douzaine de familles Roms expulsées d’un camp à Villeurbanne.

La loi dite « Dalo » , qui s’applique à toute personne, de nationalité française ou non, dit  en effet très clairement :

« Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ».

En conséquence, le tribunal a ordonné au Préfet du Rhône de proposer, dans un délai de 4 jours,  un hébergement d’urgence aux familles les plus en détresse, sous peine d’une astreinte de 75 euros par jour et par famille ( et non pas 75 euros / jour par personne, comme « Novopress » ou Le Figaro l’écrivent faussement) . Le Préfet n’a pas contesté le jugement.

Ci-dessous, extrait de l’analyse du jugement, faite par un avocat :

Le juge rappelle « qu’il appartient aux autorités de l’Etat de mettre en oeuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale  en vertu de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles, et qu’une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette tâche peut constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée.
Il a pris en compte la situation familiale, médicale et l’âge des personnes pour estimer que leur évacuation du campement sans proposition d’hébergement de la part du préfet constituait une atteinte à une liberté fondamentale.
Deux familles ont en revanche été déboutées car il s’agissait de couples sans enfant ne correspondant pas aux critères fixés par la jurisprudence.

Les roms, premiers boucs-émissaires, le tour des autres ensuite

Comme toujours, on voit que l’extrême-droite monte en épingle une histoire, désigne d’abord les roms, et tout ceux qui leur paraissent immigrés comme responsables du  « trou abyssal de nos finances » . Dans la foulée,  sont désignées comme abuseurs et fraudeurs toutes  les personnes qui reçoivent des prestations et protections sociales, qu’elles aient la nationalité française ou non.

En réalité, c’est la fraude économique et fiscale qui pèse sur les finances publiques, bien plus que la la « fraude sociale »

cf Le Parisien,  janvier 2013 :  La fraude fiscale coûterait 80 milliards d’euros 

cf Ras L’ Front  Au FN on veut des frontières partout, mais on fait ouvrir des comptes en Suisse : 

big_artfichier_723900_2012286_201304224730793Voici qu’avec l’affaire Cahuzac, les Le Pen sont soudainement  scandalisés par la fraude fiscale !

Eux qui menaient croisade contre les impôts, désignant de plus  les bénéficiaires de prestations sociales comme étant des fraudeurs (et les immigrés étant les accusés favoris dans la propagande FN , alors que l’immigration rapporte tous les ans un gros paquet de milliards de bénéfice aux budgets sociaux).

Pourtant, cela fait longtemps que les syndicats des services des impôts ont estimé que, bien plus important que la fraude aux allocations sociales,  la fraude des entreprises et la fraude fiscale  représentent un montant annuel équivalent aux budgets de l’Education et de l’Intérieur réunis (voir Le Parisien, janvier 2013 )

Voilà Le Pen-fille qui nous serine de nouveau son air « pour moraliser , il faut rétablir les frontières »(cf Le Point).

Alors que le lendemain,  Mediapart fournit de nouveaux détails sur « l’optimisation fiscale suisse » utilisée par Le Pen-père !

Alors que le grand ami de Le Pen-fille mais aussi ami de l’ex-ministre PS Cahuzac, Philippe Peninque ancien dirigeant du GUD, s’est spécialisé dans le « conseil » pour l’ouverture de comptes en Suisse et autres paradis fiscaux !

Voici une citation qui peut faire réfléchir, à l’heure où les extrêmes-droites et les droites s’unissent.

Texte attribué au pasteur protestant allemand Niemoller, mis en camp de concentration par les nazis.

  » Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. »

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester.  »

22/04/2013 · 1073 vues

Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à la préfecture [asile.ouvaton.org]

source : http://asile.ouvaton.org

« L’administration s’organise pour répondre de manière plus juste aux flux de demandeurs d’asile, notamment par des système de tickets, qui valent bien plus qu’une file d’attente désorganisée, où les personnes s’entassent dans le désordre après avoir dormi dans la rue. »

Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à la préfecture

Publié le 25 janvier 2013

Depuis le mois de novembre je vais régulièrement le matin devant la préfecture de Grenoble afin de recenser les demandeurs d’asile s’y présentant. Enfin, demandeurs d’asile, pas tout à fait : encore faut-il que ces personnes puissent pénétrer dans l’enceinte de la préfecture pour recevoir le droit de remplir un formulaire leur permettant de déposer une demande d’asile. Là seulement ils seront pris en compte par l’Etat et recevront donc par la même un minimum d’aide. En attendant, ils sont des dizaines chaque matin, de tout âge, à attendre devant la porte de la préfecture, dans l’espoir d’y pénétrer et de formuler une simple demande. 20121109_084731 Ces personnes ont fui leurs pays d’origine, ils ont traversé la Méditerranée ou plusieurs pays d’Europe, avant d’échouer à Grenoble, souvent sans y connaître quiconque. Alors commence l’enfer administratif : pour obtenir le droit de demander l’asile, et avec cela une autorisation provisoire de séjourner en France, ces personnes doivent être « accueillies » à la préfecture. En attendant, c’est système D pour tous : squats, connaissances liées dans l’attente devant le bâtiment, recours aux associations… Tout est bon à prendre pour ces personnes qui n’ont rien. Beaucoup dorment devant la préfecture afin d’être certains de se trouver au devant de la longue file des demandeurs d’asile lors du passage de l’officier de préfecture le lendemain, à 9h du matin. Des familles entières, parfois sur trois générations, passent la nuit sur le trottoir, armées de quelques couvertures pour les plus débrouillards, ou bien installées à même le sol, emmitouflées uniquement dans leurs manteaux pour ceux qui ont moins de chance.

Quand nous arrivons à 8h30, nous revoyons souvent les mêmes visages, plusieurs jours – voire plusieurs semaines – d’affilée. Des enfants dorment parfois encore sous des tas de couverture, alors que les parents nous demandent, inquiets et fatigués, si cette fois-ci ils pourront entrer. Nous n’avons pas de réponse à leur donner. Ça dépend de l’officier de préfecture, si ce matin là il décide de prendre en pitié les plus vulnérables, ou bien si l’ordre d’arrivée prime, ou encore si ceux parlant un minimum français sont favorisés. Et encore, l’attente.

9h, les policiers sortent. La file pour les diverses tâches administratives s’avance en premier dans l’enceinte du bâtiment. Puis les policiers font avancer les demandeurs d’asiles convoqués suite à leur première entrée dans la préfecture. Enfin, l’officier en charge de l’asile sort. Les demandeurs d’asile la hèlent, essaient d’attirer son attention, mais elle les ignore et s’adresse à ceux qu’elle a choisi : parfois les premiers de la file, parfois non. A chaque fois, le dialogue est le même : vous venez pour l’asile, vous êtes seul, vous parlez français / do you speak english ? Si la personne répond oui à toutes ces questions, il est fort probable qu’elle obtienne le sésame tant désiré. A l’inverse, les familles et les non-francophones ou anglophones sont presque systématiquement recalés.

Après avoir généralement désigné 2 personnes, et « promis » à 2 autres (en moyenne) qu’elles rentreront peut-être à 11h, l’officier retourne dans sa forteresse, insensible aux appels redoublant de vigueur des personnes restées au dehors. Le policier leur dit que c’est fini et qu’il faudra revenir demain, avant de refermer les barrières. Ceux qui se sont vus promettre un rendez-vous à 11h restent, pleins d’espoir ; néanmoins, ils s’entendront probablement dire à 10h qu’ils peuvent finalement rentrer « chez eux » et revenir le lendemain. Quant aux autres, dont la parole n’a même pas été écoutée, certains partent, résignés ; d’autres s’indignent, et restent devant la préfecture ; d’autres encore nous font part de leur incompréhension et de leurs craintes.

Ce scénario se produit quatre matins par semaines devant la préfecture de l’Isère, été comme hiver. Mais cet état de fait peut changer : d’autres préfectures ont des conditions d’accueil bien meilleures. L’administration s’organise pour répondre de manière plus juste aux flux de demandeurs d’asile, notamment par des système de tickets, qui valent bien plus qu’une file d’attente désorganisée, où les personnes s’entassent dans le désordre après avoir dormi dans la rue. En ignorant chaque jour une dizaine de demandeurs d’asile, la préfecture ne respecte pas la loi française. Il est essentiel aujourd’hui d’attirer l’attention des citoyens sur ce problème : l’asile est un droit que la préfecture ne peut pas nier.

Charlotte DUMAS, bénévole ADA, Accueil Demandeurs d’Asile

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles [Rue89]

source : http://www.rue89.com/2012/11/09/pourquoi-nous-avons-aide-les-roms-en-bas-de-chez-nous-echirolles-236889

Témoignage 09/11/2012 à 18h02

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles

Cheryl Pereira | Habitante d’Echirolles

Un lundi, je découvre un tract contre les « nuisances » des Roms qui campent près de mon immeuble : « Il y a tout lieu de redouter les cambriolages. »

Les familles roms se sont installées mi-octobre sur l’herbe, juste devant chez nous. Une soixantaine de personnes, dont des femmes enceintes et beaucoup d’enfants.

Nous vivons à la frontière entre Grenoble et Echirolles (Isère), au sud du quartier des Granges (tristement célèbre). J’habite un des trois immeubles sociaux, entourés d’une majorité de copropriétés.

De nos fenêtres nous voyons le terrain de foot, un parking et cette étendue d’herbe où ils ont planté leurs pauvres tentes igloo dans des conditions insalubres : pas de poubelles, pas de toilettes, pas d’eau.

Un tract sur la porte du hall

Des voisins sont allés à leur rencontre, discuter avec eux, essayer de savoir d’où ils venaient. Personnellement je n’y étais pas allée jusqu’à ce qu’en rentrant chez moi, lundi 22 octobre, je trouve ce tract affiché sur la porte du hall.


Le tract affiché dans le hall de l’immeuble

« Un camp de Roms s’est installé depuis mardi dernier, dans le pré qui borde le parking d’Alpexpo, à la limite entre Grenoble et Echirolles.

Afin de ne pas subir une nouvelle fois des nuisances de toute sorte, tout comme cet été, nous devons nous mobiliser en masse et avertir les autorités compétentes (mairies de Grenoble et Echirolles, ainsi que la police afin que ces gens soient obligés de partir).

Chaque jour, de nouvelles tentes sont installées et chaque jour les ordures et déjections s’amoncellent un peu plus !

Ces gens se promènent la nuit dans nos environs, et il y a tout lieu de redouter les cambriolages…

Il faut donc agir au plus vite tant qu’il n’y a qu’une quinzaine de tentes, pour le bien de tous et surtout pour éviter une dégradation constante, depuis plusieurs mois, de notre quartier.

Mobilisez-vous pour le quartier des Granges. »

Ce n’était pas signé bien sûr. J’ai tout de suite pensé à Marseille, aux habitants qui ont chassé des Roms et brûlé leurs affaires, ça m’a vraiment choquée.

Je me demande comment quelqu’un a pu écrire ça. Les familles sous tentes sont roms mais toutes avaient peur de la réaction des riverains, elles ne se promenaient pas dans le quartier. On ne pouvait ressentir aucune menace de leur part. Furieuse, j’ai fait le tour des immeubles pour arracher ces tracts.

J’ai affiché un mot à la main, disant qu’il y avait des gens en détresse juste en bas de chez nous, et qu’on pouvait peut-être les rencontrer plutôt que leur taper dessus. Puis j’ai envoyé un e-mail à tous mes voisins du secteur – je fais partie d’une association de locataires mais je leur ai écrit à titre individuel – pour leur demander s’ils savaient d’où pouvait venir ce torchon raciste.

Une petite fille en sandalettes

Nous nous sommes concertés pour aller rencontrer les Roms, à six ou sept voisins. Au début, ils étaient sur leurs gardes, se défendaient : « C’est la police qui nous a dit de venir. » On leur a expliqué qu’on était simplement étonnés qu’ils se retrouvent ici.

Une dame m’a montré sa petite fille en sandalettes, qui marchait les pieds mouillés dans l’herbe. Une femme a dit qu’elle avait froid, une autre qu’elle avait peur des rats. Un gamin de 11 ans qui parlait français faisait la traduction, et de temps en temps il partait pour aller jouer.

Ils nous ont dit être macédoniens, serbes, kosovars, et ne se comprenaient pas tous entre eux. Un de nos voisins a pu converser en italien avec un Macédonien qui parlait bien cette langue. Plus tard, ce voisin a acheté des bâches et cordages pour protéger les fragiles tentes igloo des « campeurs ».

Nous avons sollicité le collectif La Patate chaude, qui a l’habitude de travailler avec les Roms. Ses membres parlant serbe nous ont accompagnés.

Gâteaux, couvertures, vêtements

Toute l’organisation s’est faite de manière spontanée, entre nous. Chacun a des talents spécifiques : certains parlent plusieurs langues, d’autres ont travaillé dans des crèches ou avec des personnes âgées, d’autres avaient un impressionnant carnet d’adresses, etc.

Les associations, déjà très occupées, nous ont donné de précieux conseils et orientés vers les « bons » interlocuteurs. Nous avons sollicité les élus et harcelé les autorités. Nous avons bombardé les mairies d’e-mails, d’appels. C’était toujours de la compétence de l’autre administration. Personne ne bougeait.

La nuit, la température tombe. Nous avons envoyé des e-mails à toutes nos connaissances pour obtenir de l’aide et donné aux familles des couvertures, de la nourriture, des vêtements. Nous avons emmené les malades chez les médecins du quartier ou à Médecins du monde.

On leur a prêté une pioche pour creuser des latrines, qu’ils ont ensuite rendue. Les familles ont gardé leur campement très propre, en entassant leurs déchets dans de grands sacs poubelles dans un coin, avant que nous les emmenions à la déchetterie en voiture.

A chaque fois qu’on repartait, on était mal de savoir que des enfants dormaient dans ces conditions.

Au centre social

Quand il s’est mis à pleuvoir au bout de quatre jours, nous avons débarqué au centre social et obtenu de pouvoir nous y réunir. Avec quelques hommes du campement évidemment, pour voir avec eux ce dont ils avaient le plus besoin.

Leurs demandes nous dépassaient complètement : ils disaient « maison », « école », « papiers », « travail ». Et « manger », ce qui nous faisait le plus mal au cœur. Nous avons essayé de comprendre leur situation administrative avec des interprètes macédoniens adorables.

Les secrétaires du centre social ont apporté du thé et du café à tous. Le directeur a accepté de nous laisser le centre pour le week-end et pour des réunions, sans accès aux toilettes cependant.

Samedi 27 octobre, mon compagnon, qui est restaurateur, a fait un mégarepas chaud. On a fait venir les familles au centre social à tour de rôle et avons pu servir plus de 70 personnes.

Déménagement au gymnase

Cet après-midi-là, le directeur général des services de la mairie d’Echirolles est venu nous annoncer l’évacuation des Roms vers un gymnase à Grenoble. Faute de véhicules, ils devaient y aller en tram.

Les téléphones ont marché à fond pour trouver de l’aide et des voitures. Pendant que les hommes démontaient le camp, nous avons emmené les femmes et les enfants.

Une douzaine d’habitants du coin ont fait le déménagement avec des membres du collectif de la Patate chaude et deux estafettes que la ville a fini par nous accorder.

Dès que les hommes sont arrivés au gymnase, ils ont couru comme des fous à l’intérieur pour s’assurer que les femmes et les enfants étaient bien là. On était sidérés et on s’est demandé ce qu’ils avaient subi dans leur vie pour avoir si peur. Nous avons passé le relais à la Croix-Rouge.

Collecte et couscous

Depuis, on s’est relayés tous les jours. Un restaurant près du gymnase a servi 100 repas le dimanche. Les parents de Sofiane, tué il y a un mois à Echirolles, ont fait un couscous. On a continué à récupérer des couvertures, des chaussures, des biberons, des chauffe-biberons, des médicaments pour les malades.

Certains on acheté du lait, des petits pots de fruits, des couches, d’autres des produits d’hygiène, on a distribué des serviettes de toilette, une dame est venue avec du chocolat chaud.

Nous avons accompagné une femme enceinte à l’hôpital pour l’accouchement. Elle a été renvoyée au gymnase avec un bébé de 3 jours. Tous ceux qui sont passés, assistantes sociales, médecins, pompiers, assistants parlementaires, étaient atterrés de ces conditions de vie.

Puis les familles ont été évacuées du gymnase. Les familles avec des enfants mineurs dans des centres d’accueil, les autres, à la rue.

Cynisme des pouvoirs publics

Je savais que le parcours de ces immigrants était difficile, mais pas à ce point. Il existe un véritable cynisme des pouvoirs publics. Avec ces phrases toutes faites comme « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », on a complètement occulté qu’il s’agissait d’êtres humains.

Je ne fais pas d’angélisme : il peut y avoir des chapardages, il peut aussi y avoir des réseaux mafieux, mais les Roms sont traités en sous-hommes un peu partout en Europe.

Nous comptons vraiment suivre ces familles et savoir ce qu’elles vont devenir. Nous avons décidé de nous appeler « Collectif citoyen des habitants des Granges et d’Echirolles, soutien aux gens de l’ex-Yougoslavie, atterris sous des tentes sur les terrains d’Alpexpo ».

C’est long, comme la liste des gens qui nous ont rejoints dans un formidable élan. Et pour moi ça a une autre signification que lorsque les associatifs prennent tout en main.

En catimini, beaucoup de gens pas concernés m’ont dit : pour les Français qui sont dans la mouise, personne ne bouge le petit doigt. Pour moi, cela ne s’oppose pas. La misère n’est pas acceptable, qu’elle vienne d’ici ou d’ailleurs.

Nous continuerons à interpeller les politiques et leur disons que ce que nous, simples citoyens, faisons avec nos modestes moyens, les autorités doivent le faire plus efficacement et humainement. Nous voulons le changement maintenant.

La nouvelle vie des Roms de Gardanne [metro]

source : http://www.metrofrance.com

Créé 24-10-2012 11:54 | Mis à jour 24-10-2012 18:55
roms

La mairie de Gardanne a mis à disposition le terrain de  l’ancien « Puits Z » pour installer les familles roms. Photo : EM

La nouvelle vie des Roms de Gardanne

Installés par la municipalité de Gardanne sur un terrain au nord de la ville, 62 roms vivent à l’abri des expulsions. Une solution temporaire pour la mairie qui renvoie la préfecture à ses responsabilités.

Une alternative aux expulsions. Depuis un mois et demi, la mairie de Gardanne a mis à disposition un terrain au nord de la ville pour 11 familles roms. D’apparence, le campement installé sur cet ancien site minier ressemble à n’importe quel autre, avec des caravanes et des abris de fortune. A quelques exceptions près. A l’entrée, un ballon d’eau de 20 000 litres jouxte des sanitaires mobiles, tandis que des groupes électrogènes tournent à plein régime.

Une véritable bouée de sauvetage pour Virginia, en train de faire une lessive. « Pas la police ici, pas la police ! dit-elle dans un français un peu hésitant. Ici, c’est bien, on peut rester, ce n’est pas comme à Marseille. Là-bas, c’est la police tout le temps, se remémore-t-elle en espérant des jours meilleurs. Je veux trouver un emploi pour le ménage, je peux faire ». Une projection vers l’avenir encore « impossible » il y a quelques temps, confie Pavel, 12 ans. « Avant, on ne pouvait rien faire. Maintenant, je vais pouvoir aller au collège, dès la semaine prochaine. J’aimerais apprendre à bien lire le français pour pouvoir travailler plus tard ».

Une solution encore provisoire

L’espoir de Pavel ? « Un exemple d’intégration possible », répond Christian Huc. Chef de la police municipale, il veille sur la sécurité du campement en tenant un discours humaniste et ferme à la fois. « C’est un travail quotidien, nos équipes viennent le matin et le soir pour vérifier si tout va bien. Il y 62 personnes, pas une de plus. On ne peut pas accepter d’autres Roms. C’était la condition au départ » assure-t-il en jetant un coup œil sur un groupe d’hommes partant chercher de la ferraille. « Ça leur rapporte entre 300 et 400 euros par mois » explique Georges Felouzis, directeur du centre communal d’action sociale (CCAS) de Gardanne.

Dans quelques semaines, ses services installeront des mobile homes sur le campement pendant la période hivernale. « Une solution temporaire, rappelle le maire communiste de la ville, Roger Meï. Nous apportons une réponse humanitaire, c’est dans la culture de la ville. Mais ce n’est pas à nous de faire ce travail, c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités. C’est à lui de trouver une solution pour ces familles ». D’un montant de 30 000 euros, le coût de l’installation du campement a été pour le moment pris en charge par la ville, mais le maire entend bien envoyer la facture à la préfecture.

Eric Miguet

eric.miguet@publications-metro.fr

 

 

Des SDF occupent leur centre d’hébergement pour ne pas retourner à la rue [blogs.liberation.fr]

source : logement.blogs.liberation.fr

« nos » sdf,

« leurs » sdf chez nous,

– même combat.

28/03/2012

Des SDF occupent leur centre d’hébergement pour ne pas retourner à la rue

Comme chaque année, avec le retour des beaux jours, des centres d’hébergement ouverts à la va vite pour accueillir des sans-abris pendant les périodes de grand froid, ferment leurs portes. 

IMG_1182_2[2]Pourtant, la situation des personnes qui y séjournent n’a pas évolué: les SDF sont toujours SDF. Mais au motif que la météo ne représente plus un danger mortel immédiat, des centres ferment. Comme si ce n’était pas grave d’être sans logement, au printemps, en été ou en automne.

Pour protester contre ces décisions absurdes des pouvoirs publics, une cinquantaine de sans abris ont occupé mercredi avec l’aide de militants du Dal (Droit au logement) un centre d’hébergement (le pavillon Alsace) ouvert depuis le début de l’hiver dans l’enceinte de l’hôpital Ville Evrard à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) en banlieue parisienne.

« Nous sommes une cinquantaine de sans logis, et nous devons quitter définitivement le centre lundi 2 avril. C’est illégal, c’est contraire à la loi » écrivent dans un communiqué, sous la plume du DAL, les personnes concernées.

Jean-yves le bouillonnecLe communiqué fait manifestement référence à un article de la loi DALO (Droit au logement opposable), qui stipule en substance que toute personne accueillie dans un centre d’hébergement d’urgence à vocation à y rester tant qu’une solution d’hébergement ou de logement adaptée à sa situation ne lui est pas proposée.

Cet article découle d’un amendement du député (PS) Jean-Yves Le Bouillonnec (photo ci-contre) dit « amendement anti-remise à la rue »: il avait été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale au printemps 2007 lors du vote de la loi DALO qui faisait suite aux campements des Enfants de Don Quichotte.

Jeudi matin à 11h00, le « Collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et mal logées » appelle à manifester place du Palais Royal à Paris, pour soutenir « Les invisibles de la Campagne (électorale ndlr) » autrement dit, tous les SDF qui vont être remis à la rue dans les prochains jours ou semaines.

LogocollectifLeur communiqué dénonce « la gestion saisonnière de la situation des personnes à la rue et (exige) une politique du logement digne de ce nom ». Parmi les membres du collectif figurent notamment ATD-Quart Monde, Jeudi Noir, Emmaüs, l’Armée du salut, Croix Rouge, Médecins du Monde, Secours catholique…. (Téléchargement du communiqué du Collectif).

Lundi après-midi, plusieurs centaines de travailleurs sociaux et de salariés de l’urgence sociale soutenus par le DAL avaient déjà défilé dans les rues de Paris, pour protester contre ces fermetures de centres d’hébergement.

Commentaires

Vous avez tout mon soutien moral, les gars!!
La loi DALO n’est pas appliquée dans de nombreux departements,
si bien que meme ceux qui y deposent un dossier n’ont guère de chance d’avoir un avis favorable.

Squattez les foyers temporaires et tachez de vous organiser en autosuffisance pour de nombreuses choses.

Avoir un toit au dessus de sa tete devrait être un droit inaliénable pour tout citoyen,mais cela est de moins en moins le cas,hausse des loyers,chomage et crise aidant…

Rédigé par : Arno | 28/03/2012 à 23h04