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[ articles sur les Roms à Grenoble, en France et ailleurs ]

Archives de Tag: Grenoble

L’hébergement des demandeurs d’asile en Isère: une politique de dissuasion? [ada-grenoble.org]

source : http://www.ada-grenoble.org

L’Observatoire de l’Asile en Isère organise une

Conférence de presse le 5 Mai 2014 à la Maison des Associations

La question de l’hébergement des demandeurs d’asile occupe le devant de la scène médiatique et politique depuis plusieurs années. Le sujet est évoqué avec acuité et urgence avec l’ouverture d’un processus de concertation, en prévision de la transposition en France de nouvelles directives européennes régissant l’accueil des personnes engagées dans une demande d’asile. Des rapports rendus publics au cours de l’année 2013 – jusqu’au très récent rapport du Comité d’évaluation et de contrôle des politiques publiques diffusé en avril 2014 – s’accordent pour dénoncer la saturation des dispositifs d’hébergement, et dresser le diagnostic d’un système de demande d’asile « à bout de souffle ».

La réalité de terrain montre une situation beaucoup plus complexe, et humainement tragique.
Reposant sur une enquête de 6 mois dans le département de l’Isère et l’agglomération de Grenoble, l’Observatoire de l’Asile en Isère, porté par un collectif d’associations impliquées dans l’accompagnement des demandeurs d’asile du département, dresse un constat mettant en évidence l’impact des choix politiques dans les questions liées à l’hébergement.

1123 places pour 1962 personnes

Le rapport rédigé par l’Observatoire dresse tout d’abord un état des lieux des dispositifs d’hébergement accueillant des demandeurs d’asile. Ces dispositifs sont complexes et contraints par les coûts et les choix réalisés en matière de politiques publiques d’accueil des étrangers. Ils sont également strictement encadrés par des textes imposant des normes minimales, et les responsabilités des différents acteurs, notamment de l’Etat. Le Dispositif national d’accueil financé et piloté par l’Etat, comprenant des places d’hébergement en CADA et en hébergement d’urgence des demandeurs d’asile gérés par des opérateurs en général associatifs, est ainsi largement sous-dimensionné. Les collectivités locales ont également un rôle à jouer. Le CCAS de Grenoble et le Conseil général de l’Isère se sont longtemps substitués à l’État pour héberger des familles dans de coûteux hébergements hôteliers. Elles en sont venues à se désengager et renvoyer l’Etat à ses responsabilités. Quant aux dispositifs d’accueil d’urgence, chroniquement saturés, ils s’opposent souvent à l’accueil des populations étrangères. Les demandeurs d’asile sont mis à l’abri au cours de l’hiver, mais sont remis à la rue le printemps revenu, par centaines.

36% des primo-arrivants seraient en procédure prioritaire en 2013

L’Observatoire aborde ainsi la question sous l’angle de politiques publiques visant délibérément à exclure les demandeurs d’asile des dispositifs d’hébergement, afin d’en limiter le coût et la surcharge. Différents mécanismes sont adoptés: opacité des attributions, généralisation de procédures de demande d’asile s’opposant à un accès à l’hébergement, et un système de « priorisation » qui exclut la plupart des personnes en dehors de « motifs exceptionnels », au mépris souvent des grands principes fixés par la loi. Ces systèmes sont largement validés par les cours de justice. L’ensemble relève bien plutôt d’une stratégie de dissuasion dont la conséquence la plus directe est d’orienter les flux vers les régions voisines…

839 demandeurs d’asile exclus du Dispositif National d’Accueil

Le rapport de l’Observatoire met enfin en évidence le coût humain de ces orientations budgétaires et de ces choix politiques. Avec 680 nouveaux arrivants en 2013, l’Isère est loin d’être inondée. Pourtant la quasi-totalité de ces personnes, fragilisées par un parcours de fuite et d’errance, ont fait un séjour dans la rue – femmes enceintes et jeunes enfants compris. La majorité des hommes seuls ne bénéficieront jamais d’un hébergement. Ils s’en remettent aux « marchands de sommeil », aux compatriotes, à la solidarité – à votre rue, votre sas de banque, votre hall d’immeuble, vos jardins publics. Le coût social et sanitaire de ces maintiens à la rue dépasse largement les économies réalisées.

Au terme d’une enquête de terrain et d’une analyse cherchant à replacer ce débat passionnel dans son contexte et son ancrage local, l’Observatoire de l’Asile en Isère vise à remettre en perspective les prises de position et les affirmations hâtives, et à offrir des pistes de solution pour les pouvoirs publics et les acteurs de l’hébergement et de l’accueil des demandeurs d’asile. Ces pistes peuvent permettre de mieux conjuguer économies, valeurs républicaines et respect de la dignité humaine.

« Pas d’enfants à la rue, et tous scolarisés », exige RESF [ledauphine.com]

sourcé : http://www.ledauphine.com/isere-sud/2013/03/20/pas-d-enfants-a-la-rue-et-tous-scolarises-exige-resf-gvdw

« Pas d’enfants à la rue, et tous scolarisés », exige RESF

Une famille roumano-hongroise (un couple et ses trois enfants) a été expulsée durant les vacances scolaires de ces préfabriqués de Fontaine (photo prise début décembre 2012). Photo Archives DL/Marc GREINERUne famille roumano-hongroise (un couple et ses trois enfants) a été expulsée durant les vacances scolaires de ces préfabriqués de Fontaine (photo prise début décembre 2012). Photo Archives DL/Marc GREINER

Que se passera-t-il le 31 mars, à l’issue de la “trêve hivernale”, pour les quelque 600 personnes de l’agglomération grenobloise, dont une centaine de Roms (pour la plupart Roumains), actuellement hébergées via le dispositif d’hébergement d’urgence mis en place durant l’hiver ?

C’est la question que posent les militants _ pour la plupart des enseignants _ de Réseau éducation sans frontières (RESF) du canton de Saint-Égrève, quelques jours après l’expulsion d’une famille roumano-hongroise (un couple et ses trois enfants) du campement de préfabriqués de Fontaine, au motif que le père de famille a utilisé une plaque électrique chauffante dans le logement, ce que le règlement interdit.

« Ce camp de Fontaine, qui abrite depuis début décembre 2012 une quinzaine de familles totalisant une cinquantaine de personnes (alors expulsées du camp de Saint-Martin-le-Vinoux), dispose d’une cuisine commune avec seulement deux plaques chauffantes pour tout le monde, c’est donc impossible de ne pas cuisiner dans son logement », argumente RESF.

« Si on ne fait rien, c’est une intégration réussie qu’on va fragiliser »

La famille expulsée est, depuis, hébergée « chez des amis », mais cette expulsion a bien sûr une fois de plus traumatisé les enfants. « Ils ont manqué 3 des 8 premiers jours d’école à la rentrée, après les vacances, témoigne l’institutrice qui les suit sur Saint-Martin-le-Vinoux. Et que va-t-il se passer après le 31 mars, si toutes ces familles se retrouvent sans logement ? Ils risquent de ne plus venir à l’école, et c’est dramatique quand des enfants ne viennent plus à l’école, car ils ont fait des efforts, leurs familles ont fait des efforts. Et quand des gamins n’ont plus accès à l’école, ils ont accès à la rue. Le fait d’avoir accès à l’école, ça montre aussi aux autres enfants, aux parents, aux collègues enseignants, que ces Roumains sont des gens comme tout le monde : ça lève pas mal de tabous, de préjugés ».

Alors que des dizaines d’enfants (roms ou pas) risquent de se retrouver à la rue à la fin de mois, RESF rappelle son exigence : « Qu’il n’y ait pas d’enfants à la rue, même au printemps, même en été, qu’ils soient tous scolarisés, que les familles aient des papiers pour assurer la poursuite de cette scolarité normale. Cette poursuite était promise par le maire de Saint-Martin-le-Vinoux quand ces familles ont été expulsées du camp de Saint-Martin-le-Vinoux ».

Ces membres de RESF ont alerté François Brottes, député, et Pierre Ribeaud, conseiller général du canton de Saint-Égrève, de la situation, mais n’ont eu aucun retour. « On veut voir rapidement Olivier Noblecourt, vice-président de la Métro chargé de l’hébergement, et Yannik Ollivier, maire de Saint-Martin-le-Vinoux, pour dire que ces familles jouent le jeu, et que si on ne fait rien, c’est une intégration réussie qu’on va fragiliser ».

par Vincent PAULUS le 20/03/2013 à 07:19 Vu 163 fois

Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à la préfecture [asile.ouvaton.org]

source : http://asile.ouvaton.org

« L’administration s’organise pour répondre de manière plus juste aux flux de demandeurs d’asile, notamment par des système de tickets, qui valent bien plus qu’une file d’attente désorganisée, où les personnes s’entassent dans le désordre après avoir dormi dans la rue. »

Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à la préfecture

Publié le 25 janvier 2013

Depuis le mois de novembre je vais régulièrement le matin devant la préfecture de Grenoble afin de recenser les demandeurs d’asile s’y présentant. Enfin, demandeurs d’asile, pas tout à fait : encore faut-il que ces personnes puissent pénétrer dans l’enceinte de la préfecture pour recevoir le droit de remplir un formulaire leur permettant de déposer une demande d’asile. Là seulement ils seront pris en compte par l’Etat et recevront donc par la même un minimum d’aide. En attendant, ils sont des dizaines chaque matin, de tout âge, à attendre devant la porte de la préfecture, dans l’espoir d’y pénétrer et de formuler une simple demande. 20121109_084731 Ces personnes ont fui leurs pays d’origine, ils ont traversé la Méditerranée ou plusieurs pays d’Europe, avant d’échouer à Grenoble, souvent sans y connaître quiconque. Alors commence l’enfer administratif : pour obtenir le droit de demander l’asile, et avec cela une autorisation provisoire de séjourner en France, ces personnes doivent être « accueillies » à la préfecture. En attendant, c’est système D pour tous : squats, connaissances liées dans l’attente devant le bâtiment, recours aux associations… Tout est bon à prendre pour ces personnes qui n’ont rien. Beaucoup dorment devant la préfecture afin d’être certains de se trouver au devant de la longue file des demandeurs d’asile lors du passage de l’officier de préfecture le lendemain, à 9h du matin. Des familles entières, parfois sur trois générations, passent la nuit sur le trottoir, armées de quelques couvertures pour les plus débrouillards, ou bien installées à même le sol, emmitouflées uniquement dans leurs manteaux pour ceux qui ont moins de chance.

Quand nous arrivons à 8h30, nous revoyons souvent les mêmes visages, plusieurs jours – voire plusieurs semaines – d’affilée. Des enfants dorment parfois encore sous des tas de couverture, alors que les parents nous demandent, inquiets et fatigués, si cette fois-ci ils pourront entrer. Nous n’avons pas de réponse à leur donner. Ça dépend de l’officier de préfecture, si ce matin là il décide de prendre en pitié les plus vulnérables, ou bien si l’ordre d’arrivée prime, ou encore si ceux parlant un minimum français sont favorisés. Et encore, l’attente.

9h, les policiers sortent. La file pour les diverses tâches administratives s’avance en premier dans l’enceinte du bâtiment. Puis les policiers font avancer les demandeurs d’asiles convoqués suite à leur première entrée dans la préfecture. Enfin, l’officier en charge de l’asile sort. Les demandeurs d’asile la hèlent, essaient d’attirer son attention, mais elle les ignore et s’adresse à ceux qu’elle a choisi : parfois les premiers de la file, parfois non. A chaque fois, le dialogue est le même : vous venez pour l’asile, vous êtes seul, vous parlez français / do you speak english ? Si la personne répond oui à toutes ces questions, il est fort probable qu’elle obtienne le sésame tant désiré. A l’inverse, les familles et les non-francophones ou anglophones sont presque systématiquement recalés.

Après avoir généralement désigné 2 personnes, et « promis » à 2 autres (en moyenne) qu’elles rentreront peut-être à 11h, l’officier retourne dans sa forteresse, insensible aux appels redoublant de vigueur des personnes restées au dehors. Le policier leur dit que c’est fini et qu’il faudra revenir demain, avant de refermer les barrières. Ceux qui se sont vus promettre un rendez-vous à 11h restent, pleins d’espoir ; néanmoins, ils s’entendront probablement dire à 10h qu’ils peuvent finalement rentrer « chez eux » et revenir le lendemain. Quant aux autres, dont la parole n’a même pas été écoutée, certains partent, résignés ; d’autres s’indignent, et restent devant la préfecture ; d’autres encore nous font part de leur incompréhension et de leurs craintes.

Ce scénario se produit quatre matins par semaines devant la préfecture de l’Isère, été comme hiver. Mais cet état de fait peut changer : d’autres préfectures ont des conditions d’accueil bien meilleures. L’administration s’organise pour répondre de manière plus juste aux flux de demandeurs d’asile, notamment par des système de tickets, qui valent bien plus qu’une file d’attente désorganisée, où les personnes s’entassent dans le désordre après avoir dormi dans la rue. En ignorant chaque jour une dizaine de demandeurs d’asile, la préfecture ne respecte pas la loi française. Il est essentiel aujourd’hui d’attirer l’attention des citoyens sur ce problème : l’asile est un droit que la préfecture ne peut pas nier.

Charlotte DUMAS, bénévole ADA, Accueil Demandeurs d’Asile

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles [Rue89]

source : http://www.rue89.com/2012/11/09/pourquoi-nous-avons-aide-les-roms-en-bas-de-chez-nous-echirolles-236889

Témoignage 09/11/2012 à 18h02

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles

Cheryl Pereira | Habitante d’Echirolles

Un lundi, je découvre un tract contre les « nuisances » des Roms qui campent près de mon immeuble : « Il y a tout lieu de redouter les cambriolages. »

Les familles roms se sont installées mi-octobre sur l’herbe, juste devant chez nous. Une soixantaine de personnes, dont des femmes enceintes et beaucoup d’enfants.

Nous vivons à la frontière entre Grenoble et Echirolles (Isère), au sud du quartier des Granges (tristement célèbre). J’habite un des trois immeubles sociaux, entourés d’une majorité de copropriétés.

De nos fenêtres nous voyons le terrain de foot, un parking et cette étendue d’herbe où ils ont planté leurs pauvres tentes igloo dans des conditions insalubres : pas de poubelles, pas de toilettes, pas d’eau.

Un tract sur la porte du hall

Des voisins sont allés à leur rencontre, discuter avec eux, essayer de savoir d’où ils venaient. Personnellement je n’y étais pas allée jusqu’à ce qu’en rentrant chez moi, lundi 22 octobre, je trouve ce tract affiché sur la porte du hall.


Le tract affiché dans le hall de l’immeuble

« Un camp de Roms s’est installé depuis mardi dernier, dans le pré qui borde le parking d’Alpexpo, à la limite entre Grenoble et Echirolles.

Afin de ne pas subir une nouvelle fois des nuisances de toute sorte, tout comme cet été, nous devons nous mobiliser en masse et avertir les autorités compétentes (mairies de Grenoble et Echirolles, ainsi que la police afin que ces gens soient obligés de partir).

Chaque jour, de nouvelles tentes sont installées et chaque jour les ordures et déjections s’amoncellent un peu plus !

Ces gens se promènent la nuit dans nos environs, et il y a tout lieu de redouter les cambriolages…

Il faut donc agir au plus vite tant qu’il n’y a qu’une quinzaine de tentes, pour le bien de tous et surtout pour éviter une dégradation constante, depuis plusieurs mois, de notre quartier.

Mobilisez-vous pour le quartier des Granges. »

Ce n’était pas signé bien sûr. J’ai tout de suite pensé à Marseille, aux habitants qui ont chassé des Roms et brûlé leurs affaires, ça m’a vraiment choquée.

Je me demande comment quelqu’un a pu écrire ça. Les familles sous tentes sont roms mais toutes avaient peur de la réaction des riverains, elles ne se promenaient pas dans le quartier. On ne pouvait ressentir aucune menace de leur part. Furieuse, j’ai fait le tour des immeubles pour arracher ces tracts.

J’ai affiché un mot à la main, disant qu’il y avait des gens en détresse juste en bas de chez nous, et qu’on pouvait peut-être les rencontrer plutôt que leur taper dessus. Puis j’ai envoyé un e-mail à tous mes voisins du secteur – je fais partie d’une association de locataires mais je leur ai écrit à titre individuel – pour leur demander s’ils savaient d’où pouvait venir ce torchon raciste.

Une petite fille en sandalettes

Nous nous sommes concertés pour aller rencontrer les Roms, à six ou sept voisins. Au début, ils étaient sur leurs gardes, se défendaient : « C’est la police qui nous a dit de venir. » On leur a expliqué qu’on était simplement étonnés qu’ils se retrouvent ici.

Une dame m’a montré sa petite fille en sandalettes, qui marchait les pieds mouillés dans l’herbe. Une femme a dit qu’elle avait froid, une autre qu’elle avait peur des rats. Un gamin de 11 ans qui parlait français faisait la traduction, et de temps en temps il partait pour aller jouer.

Ils nous ont dit être macédoniens, serbes, kosovars, et ne se comprenaient pas tous entre eux. Un de nos voisins a pu converser en italien avec un Macédonien qui parlait bien cette langue. Plus tard, ce voisin a acheté des bâches et cordages pour protéger les fragiles tentes igloo des « campeurs ».

Nous avons sollicité le collectif La Patate chaude, qui a l’habitude de travailler avec les Roms. Ses membres parlant serbe nous ont accompagnés.

Gâteaux, couvertures, vêtements

Toute l’organisation s’est faite de manière spontanée, entre nous. Chacun a des talents spécifiques : certains parlent plusieurs langues, d’autres ont travaillé dans des crèches ou avec des personnes âgées, d’autres avaient un impressionnant carnet d’adresses, etc.

Les associations, déjà très occupées, nous ont donné de précieux conseils et orientés vers les « bons » interlocuteurs. Nous avons sollicité les élus et harcelé les autorités. Nous avons bombardé les mairies d’e-mails, d’appels. C’était toujours de la compétence de l’autre administration. Personne ne bougeait.

La nuit, la température tombe. Nous avons envoyé des e-mails à toutes nos connaissances pour obtenir de l’aide et donné aux familles des couvertures, de la nourriture, des vêtements. Nous avons emmené les malades chez les médecins du quartier ou à Médecins du monde.

On leur a prêté une pioche pour creuser des latrines, qu’ils ont ensuite rendue. Les familles ont gardé leur campement très propre, en entassant leurs déchets dans de grands sacs poubelles dans un coin, avant que nous les emmenions à la déchetterie en voiture.

A chaque fois qu’on repartait, on était mal de savoir que des enfants dormaient dans ces conditions.

Au centre social

Quand il s’est mis à pleuvoir au bout de quatre jours, nous avons débarqué au centre social et obtenu de pouvoir nous y réunir. Avec quelques hommes du campement évidemment, pour voir avec eux ce dont ils avaient le plus besoin.

Leurs demandes nous dépassaient complètement : ils disaient « maison », « école », « papiers », « travail ». Et « manger », ce qui nous faisait le plus mal au cœur. Nous avons essayé de comprendre leur situation administrative avec des interprètes macédoniens adorables.

Les secrétaires du centre social ont apporté du thé et du café à tous. Le directeur a accepté de nous laisser le centre pour le week-end et pour des réunions, sans accès aux toilettes cependant.

Samedi 27 octobre, mon compagnon, qui est restaurateur, a fait un mégarepas chaud. On a fait venir les familles au centre social à tour de rôle et avons pu servir plus de 70 personnes.

Déménagement au gymnase

Cet après-midi-là, le directeur général des services de la mairie d’Echirolles est venu nous annoncer l’évacuation des Roms vers un gymnase à Grenoble. Faute de véhicules, ils devaient y aller en tram.

Les téléphones ont marché à fond pour trouver de l’aide et des voitures. Pendant que les hommes démontaient le camp, nous avons emmené les femmes et les enfants.

Une douzaine d’habitants du coin ont fait le déménagement avec des membres du collectif de la Patate chaude et deux estafettes que la ville a fini par nous accorder.

Dès que les hommes sont arrivés au gymnase, ils ont couru comme des fous à l’intérieur pour s’assurer que les femmes et les enfants étaient bien là. On était sidérés et on s’est demandé ce qu’ils avaient subi dans leur vie pour avoir si peur. Nous avons passé le relais à la Croix-Rouge.

Collecte et couscous

Depuis, on s’est relayés tous les jours. Un restaurant près du gymnase a servi 100 repas le dimanche. Les parents de Sofiane, tué il y a un mois à Echirolles, ont fait un couscous. On a continué à récupérer des couvertures, des chaussures, des biberons, des chauffe-biberons, des médicaments pour les malades.

Certains on acheté du lait, des petits pots de fruits, des couches, d’autres des produits d’hygiène, on a distribué des serviettes de toilette, une dame est venue avec du chocolat chaud.

Nous avons accompagné une femme enceinte à l’hôpital pour l’accouchement. Elle a été renvoyée au gymnase avec un bébé de 3 jours. Tous ceux qui sont passés, assistantes sociales, médecins, pompiers, assistants parlementaires, étaient atterrés de ces conditions de vie.

Puis les familles ont été évacuées du gymnase. Les familles avec des enfants mineurs dans des centres d’accueil, les autres, à la rue.

Cynisme des pouvoirs publics

Je savais que le parcours de ces immigrants était difficile, mais pas à ce point. Il existe un véritable cynisme des pouvoirs publics. Avec ces phrases toutes faites comme « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », on a complètement occulté qu’il s’agissait d’êtres humains.

Je ne fais pas d’angélisme : il peut y avoir des chapardages, il peut aussi y avoir des réseaux mafieux, mais les Roms sont traités en sous-hommes un peu partout en Europe.

Nous comptons vraiment suivre ces familles et savoir ce qu’elles vont devenir. Nous avons décidé de nous appeler « Collectif citoyen des habitants des Granges et d’Echirolles, soutien aux gens de l’ex-Yougoslavie, atterris sous des tentes sur les terrains d’Alpexpo ».

C’est long, comme la liste des gens qui nous ont rejoints dans un formidable élan. Et pour moi ça a une autre signification que lorsque les associatifs prennent tout en main.

En catimini, beaucoup de gens pas concernés m’ont dit : pour les Français qui sont dans la mouise, personne ne bouge le petit doigt. Pour moi, cela ne s’oppose pas. La misère n’est pas acceptable, qu’elle vienne d’ici ou d’ailleurs.

Nous continuerons à interpeller les politiques et leur disons que ce que nous, simples citoyens, faisons avec nos modestes moyens, les autorités doivent le faire plus efficacement et humainement. Nous voulons le changement maintenant.

Silhouettes et Expulsions [nicom-photoreport.fr]

source : http://nicom-photoreport.fr

23 Oct. 2012 – Silhouettes et Expulsions

Ce matin, Grenoble est recouvert de la brume matinale. La ville se réveille et découvre des silhouettes étranges. Elles sont marquées au sol ou contre des murs comme celles que l’on peut voir dans les séries télévisées.

Des Silhouettes dans la ville – (pentax k7 – 35mm – ISO 800 – 1/15s à f/3.2)

Étranges silhouettes que l’on retrouve dans une quinzaine de lieux dans Grenoble.

Alors que TF1 et son émission phare Sept à Huit diffusent un reportage plein de raccourcis sur les prostituées Roms de Grenoble, alors que le défenseur des droits demande un arrêt des expulsions de cette minorité durant l’hiver, ces silhouettes se retrouvent exactement sur les lieux où des Roms ont vécu dans la ville avant d’être expulsés.

Contre le mur (Pentax k7 – 35mm – ISO 800 – 1/13s à f/3.2) :

L’émission Là Bas si j’y suis a diffusé la semaine dernière quatre épisodes sur la question des Roms dans notre doux pays de France. Cette minorité européenne est notre dernier bouc-émissaire en date. Expulsés de terrain en terrain, ils exaspèrent les habitants des quartiers dans lesquels ils s’installent. Certains résidents de ces quartiers, tranquilles et bien pensant, vont même jusqu’à se faire « loi » seul : rappelez-vous à Marseille !

Communiqué (Pentax k7 – 35mm – ISO 800 – 1/20s à f/3.2) :

Comme le rappelle le communiqué qui accompagne les silhouettes, le problème n’est peut être pas les Roms, mais leur situation. Ils vivent dans la misère, ne peuvent avoir un travail qu’après avoir dépassé de nombreuses barrières administratives (souvent faites pour ne pas être franchies). Alors que nous pensions que la politique discriminante de Sarkozy prendrait fin avec son mandat, M. Valls prend le relais en oubliant la promesse de son président : « PAS D’EXPULSION, SANS SOLUTION DE LOGEMENT »…

Au pied du mur (pentax k7 – 35mm – ISO 400 – 1/6s à f/8) :

Méprisés et méconnus – (pentax k7 – 55mm – ISO 200 – 1.3s à f/10) :

Vous trouverez plus d’informations sur Indymédia grenoble. L’article est certainement écrit par le collectif de personnes ayant organisé l’action. Vous y trouverez leurs revendications ainsi que leur communiqué de presse.

Non aux expulsions – (pentax k7 – 55mm – ISO 200 – 1.3s à f/10) :

Fantômes à Grenoble [Indymedia]

source : http://grenoble.indymedia.org

Fantômes à Grenoble

mardi 23 octobre 2012 par anonyme

[Infos locales] [Logement / Squats]

Dans le cadre du week-end d’actions appellé par la rencontre de Toulouse (bien qu’un peu en retard)

« contre toutes les expulsions, pour les réquisitions, l’entraide et l’autogestion

Cette année de nombreux collectifs à travers la France ont lutté contre toutes les formes de misère : enfants à la rue, mal-logé.es, futur expulsé.es, travailleur.es précarisé.es, sans papiers… et pour répondre de manière autonome à leurs besoins de logements, de nourriture, de liberté. A force de recevoir des échos les uns des autres, certains ont décidé de se rencontrer pour se coordonner. Du 31 aout au 2 septembre, à Toulouse, dans les restes du Centre social autogéré expulsé et dévasté par l’Etat quelques jours plus tôt, les participant.es se sont retrouvé.es dans le but d’échanger des outils et des savoirs, de débattre, de se renforcer. Partant du constat que toutes les formes de misère sont organisées politiquement, que les premiers concernés doivent s’organiser par elles et eux-mêmes que l’Etat ne fait pas partie de la solution mais du problème, les participant.e.s appellent à :

- continuer à coordonner les collectifs et les mouvements concernés à travers de nouvelles rencontres, un réseau d’information et d’action
- un week-end d’actions simultanées partout en france contre toutes les formes expulsions entre le 13 et le 15 octobre 2012. »

Des silhouettes sont apparues dans l’agglo cette nuit sur des lieux de vie de Roms qui ont été expulsés. Environ 16 endroits ont été recouverts de ces fantômes qui hantent nos vies. Solidarité pour tou-te-s, non aux expulsions. Voici ce que nous pouvions voir sur les murs.

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Nous vous invitons à visiter votre quartier, les lieux où des Roms on vécu afin de voir en réel ce qu’il en est.

Lettre ouverte aux habitants de Saint‑Martin‑le‑Vinoux et à Monsieur le maire ainsi qu’aux élus de la commune [Indymedia Grenoble]

source : http://grenoble.indymedia.org

Lettre ouverte aux habitants de Saint‑Martin‑le‑Vinoux et à Monsieur le maire ainsi qu’aux élus de la commune

lundi 15 octobre 2012 par les habitant-e-s du campement de Saint-Martin-le-Vinoux, le collectif La Patate Chaude et RESF Saint-Egrève

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps] [Logement / Squats]

Ce texte a été écrit par les habitants du campement de la Casamaures ainsi que des personnes du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) et du collectif « la Patate chaude », qui l’ont mis en forme.

Chers Saint-Martiniers, chères Saint-Martinières,

Le maire de votre commune a écrit, dans la dernière édition du « Bref », journal d’information de la ville, un édito fourre-tout qui mêle problèmes sociaux et catastrophe naturelle comme s’ils étaient comparables. Dans ce texte, il parle notamment du camp de Roms de la Casamaures : il évoque l’occupation « illégale » d’un terrain privé, à laquelle le propriétaire ne s’oppose toutefois pas (donc pas illégale), et que lui voudrait faire expulser. Il parle d’« activités mafieuses, allant du racket en passant par la prostitution ». Ce que nous savons avec certitude, c’est qu’une cinquantaine de personnes vivent sur ce campement sans eau ni électricité, sans sanitaires et sans moyen d’évacuer les ordures qui s’accumulent immanquablement sur le terrain, vivotant tant bien que mal d’expédients. Et si cette situation a parfois pour corollaire des nuisances pour le voisinage, ce sont bien les personnes du campement qui en sont les premières victimes.

Celles qui ont essayé, avec notre aide et celle des associations Un Toit Pour Tous et Roms Action, d’obtenir un hébergement ont essuyé des refus. Malgré cela, ces personnes s’efforcent de vivre, et notamment de scolariser leurs enfants – dont certains sont les camarades de classe des vôtres – espérant ainsi en un futur meilleur que leur présent. Cet espoir, une expulsion du campement qui les enverrait loin de leur école y mettrait fin.

Ce que les habitants du campement aimeraient vous dire…

« Nous voulons vivre ici à Saint-Martin-le-Vinoux… Cela fait plusieurs années que nous sommes arrivés en France, espérant trouver dans ce pays une place pour vivre loin de la ségrégation et de la misère que subissent les Roms depuis des décennies. Nous venons pour beaucoup d’entre nous de Roumanie ou des pays qui sont entrés récemment dans l’Union européenne. A ce titre-là, nous devrions avoir les mêmes droits que tous les autres migrants d’Europe : la libre circulation et installation des personnes.

Or il n’en n’est rien ! On nous chasse de partout, nous obligeant à chaque expulsion à reconstruire un habitat de fortune avec nos familles, dans des conditions indignes de cette Europe.

Beaucoup d’entre vous ignorent qui nous sommes. Seule l’image de Roms nomades nous colle à la peau avec son cortège de clichés réducteurs (prostitution, vols, mendicité). Mais qui sait que les ressortissants roumains et bulgares sont soumis à un statut spécial pour l’emploi qui est appliqué essentiellement pour les pauvres, dont les Roms ? Celui-ci restreint notre accès au travail. Seuls quelques métiers nous sont autorisés, et encore, à la condition que l’employeur s’acquitte d’une somme à payer aux pouvoirs publics. Cette restriction court jusqu’en 2014. Et seul le préfet délivre les autorisations d’embauche.

Nous savons que la France s’est construite ainsi par des venues successives de migrants, qui ont apporté leurs différences et aussi leurs richesses culturelles. C’est pourquoi nous, habitants du campement, soutenus par le collectif « la Patate Chaude » et le Réseau Éducation Sans Frontières, nous voulons vous faire part de notre désir de vivre ici sur cette commune où nos enfants sont scolarisés (ce qui a d’ailleurs permis de garder une classe sur la commune).

Nous sommes ouverts au dialogue pour vous expliquer qui nous sommes et aussi pour vous dire que dans les conditions de dénuement et d’insalubrité où nous sommes, il est parfois difficile de vivre selon les critères qui ont cours dans une communauté ayant l’eau, des sanitaires, un ramassage d’ordures… et des ressources – celles du travail, ou les allocations pour celles et ceux qui sont frappées par le chômage. Toutes ces choses qu’on appelle la misère quand on ne les a pas.

Si à certains moments vous avez pu être dérangés par des nuisances de tout ordre, nous avons le désir d’en faire disparaître les causes et de vivre en bons termes avec vous. Ce campement peut vivre sans gêner le voisinage, en l’aménageant (eau potable, évacuation des eaux usées, ramassage des ordures). Nous sommes prêts à participer financièrement, au regard de nos faibles revenus. Mais ce que nous voulons c’est un logement durable sans éclatement de nos familles. »

Il faut que les pouvoirs publics proposent des solutions dignes et adaptées aux personnes qui vivent sur ce campement. Le RESF et le collectif « la Patate Chaude » soutiennent les démarches des habitants, ne voulant pas voir la haine et le rejet de l’étranger revenir au grand galop, jetant les peuples les uns contre les autres, dans un pays qui se dit « patrie des droits de l’Homme » et se targue du droit à l’éducation. Nous gardons en mémoire ce que l’on a fait subir aux Juifs et aux Roms entre 1940 et 1945. Ce qui se passe actuellement avec les expulsions des camps de Roms doit interpeller chacun et chacune d’entre nous. Nous ne devons pas oublier que quelle que soit notre origine et notre culture, nous pouvons vivre ensemble. Nous espérons que les habitants et habitantes de Saint-Martin-le-Vinoux soutiendront cette démarche, afin qu’une solution humaine soit trouvée aux problèmes des personnes qui vivent bien malgré elles dans la misère sur ce campement.

Nous, habitants du campement et membres de RESF et de la Patate Chaude, allons rencontrer prochainement monsieur le maire et les élus de Saint-Martin le Vinoux afin de débattre de l’avenir des familles sur cette commune.

Non aux expulsions et aux camps [sosmaman.20minutes-blogs.fr]

source : « SOS dans une tempête de mère » – Blog de Chloé LAROCHE, maman, écrivain et violoniste engagée pour la solidarité

Non aux expulsions et aux camps

Bonsoir à tous et toutes,

 

Quelle bonne idée cette proposition de voir fleurir dans toutes les écoles l’apprentissage de la morale laïque… la remise en éducation des belles idées républicaines, comme la fraternité, la liberté, la solidarité, l’égalité.

Mais que les adultes donnent d’abord l’exemple, avant.

Je n’irai pas par quatre chemins en disant que je suis extrêmement choquée après avoir pris connaissance de l’ensemble des faits établis au sein de cet article-enquête que je vous invite à parcourir aussi :

http://www.educationsansfrontieres.org/article43937.html

Je suis extrêmement choquée d’entendre chaque jour sur les radios en conduisant mon taxi sanitaire que se déroulent des démantèlements de camps de roms quotidiennement. Certains camps se composaient pour la moitié d’enfants. On détruit les camps mais on ne donne pas de solutions. On les évacue mais on ne les reloge pas. On juge ces personnes, on dit d’elles qu’elles volent, qu’elles pillent, qu’elles sont malfaisantes. Mais on ne les regarde pas comme des êtres humains. 

Je passais chaque jour près de l’hôpital de Grenoble où se trouvait un camp de roms. Un matin, à 6 h, le 26 juillet, cet été, ils ont tous été expulsés de leur lieu d’accueil. Des enfants devaient être scolarisés, pris en charge par des associations. Depuis, elles les recherchent. C’est terrible. Avez-vous pensé au désarroi de ces familles, de ces enfants traqués par la vie, par la misère perpétuelle, par un destin d’éternels nomades ?grenoble,roms,camps,démantèlement,expulsion,morale laïque,immigration,enfants,resf,education sans frontiere,politique,manuel valls,gouvernement,gauche,hollande,élections,électeur,déception,associations,rentrée,actualité,honte,la tronche,mairie,racisme,nomade,errance,fuite,police,violence,rejet,société,injustice,tzigane,roumanie,france,isère,indignation,taxi sanitaire,témoin

Les maires se lavent les mains de tout cela en disant que ces camps sont insalubres et qu’on ne peut les laisser ainsi. Mais l’enfer est bien pavé de bonnes intentions. Et le diable se cache derrière les masques grimaçants de la bienséance et de la propreté urbaine.

La politique du nouveau Gouvernement me déçoit grandement concernant les roms et l’immigration.

L’espérance que j’avais placé en lui s’effondre. Nous sommes passés de Charybde en Scylla, du pire au pire nous sommes passés.

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Chloé LAROCHE

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P.-S : merci de lire ces articles pour info :

http://fr.squat.net/2012/08/12/grenoble-la-mairie-de-la-tronche-na-jamais-autant-pue/

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http://collectif16septembre.wordpress.com/ 

(dont vidéo et photos)

Les Roms, le préfet, le ministre [libération]

source : liberation.fr

« La France, parmi les premières économies mondiales, n’arrive pas à gérer de façon apaisée le sort de cette minorité infinitésimale ? »

 

Les Roms, le préfet, le ministre

30 août 2012 à 19:06
Par Pierre Micheletti Enseignant à l’IEP de Grenoble, ancien président de Médecins du monde et Thierry Brigaud Président de Médecins du monde

Mercredi 22 août, 10 heures. Une équipe de Médecins du monde (MDM) est à la préfecture du Rhône, conviée à une réunion de concertation. Autour de la table, les autorités préfectorales, des représentants des collectivités locales, des responsables d’associations impliquées dans l’aide aux populations roms. Les mots d’ordre de nos hôtes sont concertation, stratégies pour améliorer les campements et éviter les expulsions.

Jeudi 23 août, 18 heures. Nous recevons un appel téléphonique de la préfecture. Il nous est réaffirmé que les expulsions ne sont pas à l’ordre du jour. Au contraire, MDM est sollicité pour évaluer la situation sanitaire d’un camp, et proposer des mesures d’amélioration des conditions de vie.

Lundi 27 août, 8 heures. Une équipe MDM se rend sur place et commence à rédiger un diagnostic de situation.

Mardi 28 août, 7 h 30. Irruption des forces de l’ordre et expulsion de 180 personnes. Lyon, campement Paul-Bert, comme en 2010 ? Non, Lyon, campement de Saint-Priest, en 2012.

A Lyon, pour les Roms, c’est le «changement dans la continuité». Malgré les alternances politiques, ils sont toujours sur la route et dans les cloaques où on les cantonne, avant de les en chasser… pour les protéger de l’insalubrité. CQFD. Summum de la tautologie politique. Tour de passe-passe du préfet ? Concertation à visée anesthésiante des associations pendant que se préparent les expulsions ? Non, car selon nos informations, «les ordres sont venus d’en haut». A la fois symptôme de faiblesse et signe d’opportunisme politique. Symptôme de faiblesse, car de qui parle-t-on ? D’environ 15 000 personnes en France, soit 0,023% de la population, qui séjournent sur le territoire national ! La France, parmi les premières économies mondiales, n’arrive pas à gérer de façon apaisée le sort de cette minorité infinitésimale ? Opportunisme politique, car on place les autorités régionales devant une injonction paradoxale. Réunir les acteurs, créer les conditions d’une réflexion partagée sur la sécurité et la dignité des personnes dans les campements. Et, en même temps, on utilise cette «poussière de peuple» (0,023%) pour afficher, à peu de frais et sans grand risque politique, une préoccupation sécuritaire cosmétique, qu’on croyait révolue.

Il ne faut pas le nier, il existe une perception négative des Roms dans une large part de l’opinion publique. C’est pourquoi le discours de M. Sarkozy à Grenoble était indigne de la fonction. Il résumait le comportement d’un peuple à des conduites délictueuses, en occultant qu’on le met en situation de développer des stratégies de survie, parfois illégales. On nous vend la nécessité de gérer le «temps long», pour traiter, sur le fond, les questions qui concernent les migrants économiques européens que sont les Roms. Mais on continue à rechercher les dividendes du «temps court», celui qui accompagne les expulsions avec leurs cortèges d’hommes en uniforme et de bulldozers. La stratégie est devenue plus torpide, le discours plus subtil, mais, sur le fond, l’intention politique est la même que celle du gouvernement précédent : utiliser la symbolique de la fermeté à l’égard de quelques centaines de personnes, considérées comme des Européens de seconde zone, pour montrer ses biceps. C’est à se demander si le meilleur service à rendre aux Roms ne serait pas de taire les expulsions, pour rompre le cercle, pas du tout vertueux, expulsions-médiatisation-bénéfice politique !

Rue Germain : chronique d’une rafle annoncée [La Patate Chaude]

source : blog du collectif grenoblois La Patate Chaude

les faits plus que graves étalés sur 2 semaines et 1 seul journal « local » en a fait écho : les 20minutes grenoble

Rue Germain : chronique d’une rafle annoncée

9 décembre 2011 par admin

Récit des événements de l’expulsion de la rue Germain

Les personnes qui ont habité au 8 rue Germain sont des demandeurs d’asile ou des déboutés du droit d’asile venant de l’Ex-Yougoslavie (Serbie, Kosovo, Macédoine). Appartenant pour la plupart à la minorité rom, ils y étaient discriminés.

Certains sont arrivés en France récemment, d’autres depuis environ deux ans, et ils ont tous des démarches en cours afin d’obtenir la reconnaissance ou la régularisation de leur situation. Bien que demandeurs d’asile, ils ont peu ou pas été pris en charge par l’État qui a le devoir de les héberger durant le temps de la procédure.

Ces personnes appellent donc quotidiennement le 115 pour demander un hébergement d’urgence.

Les informations relatives aux personnes qui n’ont pu être logées faute de place sont transmises quotidiennement par le 115 à la Préfecture qui a la responsabilité de l’hébergement des demandeurs d’asile et au Conseil général qui est responsable de l’application de la loi sur la protection de l’enfance (en charge inconditionnelle et continue de l’hébergement d’urgence pour tout ménage comprenant au moins un enfant de moins de 18 ans.)

Après avoir dormi dans le souterrain de la gare, puis au square Jean Macé, puis sous des tentes installées sur une pelouse aux abords de la rue de Stalingrad, plusieurs familles rejoignent au mois début juin une maison occupée par le collectif « la Patate Chaude », qui souhaite alerter sur la situation des centaines de personnes privées d’hébergement et de logement sur l’agglomération grenobloise. La maison en question, située au 8 rue Germain, appartient à la SAFILAF, un promoteur immobilier qui a comme projet de la raser pour y construire une résidence hôtelière à destination des cadres supérieurs en déplacement sur Grenoble. La SAFILAF engage une procédure d’expulsion et le rendu du procès, tombé le 13 octobre 2011, accorde aux habitants de pouvoir rester dans les lieux au moins jusqu’au 9 janvier 2012. Protégés par la trêve hivernale qui interdit les expulsions en hiver sous certaines conditions, les habitants auraient pu résider dans cette maison jusqu’à la fin de celle-ci, mi mars.

La vie dans la maison devient de plus en plus difficile après que la régie des Eaux de la ville de Grenoble ait fait couper l’eau le 13 septembre et GEG l’électricité le 10 octobre. D’autres familles à la rue sont venues rejoindre les premiers occupants et la vie dans la promiscuité, le froid, l’absence d’eau et de lumière, rend la situation difficilement supportable pour les habitants et, dans une certaine mesure, pour le voisinage.

Une centaine de personnes vivent alors dans les lieux, dont la moitié d’enfants et de jeunes, la plus part scolarisés malgrès de nombreuses difficultés pour le faire.

Le CCAS de la ville de Grenoble est passé récemment recenser les familles, leur promettant une solution d’hébergement dans les jours suivants.

Agression rue GermainA la fin du mois de novembre, les habitants sont victimes à deux reprises d’attaques xénophobes violentes. Dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 novembre, des hommes cagoulés tirent des coups de feu sur la porte du hangar situé derrière la maison, où vivent de nombreuses personnes, en proférant des menaces. Ils intiment l’ordre aux habitants de « dégager » et promettent de revenir. Deux jours plus tard, dans la nuit du lundi 29 au mardi 30 novembre, deux hommes pénètrent par effraction dans la maison, brisant à coups de batte de base-ball portes et vitres et menaçant de « gazer » les habitants.

Le lendemain de cette seconde attaque, la BAC (Brigade anti-criminalité) débarque à la maison en civil, sans porter de brassard ni aucun signe permettant de savoir qu’il s’agit de policiers. Croyant à une nouvelle agression, un habitant se saisit d’une hache, se préparant à se défendre. Un policier de la BAC sort alors son pistolet et le lui met sur la tempe dans une attitude extrêmement violente et dangereuse.

Ce même jour, de crainte que ces agressions ne se renouvellent, les habitants, à bout, se rendent devant l’association « La Relève » (chargée par la préfecture de l’hébergement des demandeurs d’asile et de l’hébergement d’urgence) afin d’exiger une solution d’hébergement décente.

On leur dit de revenir le jeudi 1er ou le vendredi 2 décembre, et qu’ils auront un hébergement dans des bâtiments situés à Saint-Martin le Vinoux dès le lundi 5 décembre. S’ils devraient être équipés de toilettes et de douches, on leur annonce qu’ils ne pourront pas y cuisiner…

Un dépôt de plainte contre X est déposé le mardi 30 novembre par les habitants au commissariat de Grenoble. La police, d’abord réticente, fini par enregistrer une plainte pour « menace de mort » qui rend assez mal compte des événements, déconnectant notamment les propos proférés des coups de feu tirés…

Vendredi 2 décembre, un départ de feu accidentel nécessite l’intervention des pompiers.

Vers 10h30 h les pompiers viennent éteindre le début d’incendie et arrivent rapidement à le maîtriser.

Explusion rue Germain le 2/12/11Quelques minutes plus tard, la police nationale arrive. Un policier se poste non loin de la maison, armé d’un fusil mitrailleur.

Très rapidement, la police ordonne aux habitants de sortir et de se regrouper devant la maison, sous la surveillance d’une vingtaine de policiers.

Ils prétendent alors faire un « recensement » et prennent les noms des familles.. Il n’y a pas d’interprète de serbe ou de macédonien sur les lieux, et les personnes françaises qui essaient d’en savoir plus sur la nature des actes se font refouler par les policiers.

Vers 13 heures, les policiers ordonnent à une personne par famille de venir chercher les affaires à l’intérieur en demandant les passeports. Ils en gardent certains, sans le justifier aux personnes concernées.

Vers 14h30, un grutier et des ouvriers  arrivent, ainsi qu’un camion Point P chargés de parpaings ainsi qu’ une grue..

Police rue GermainVers 15h30, les premiers fourgons de police arrivent pour emmener les familles à l’Hôtel de Police. Celles-ci chargent leurs affaires dans les camions à la demande des policiers.

Quand les gens demandent pourquoi ils sont embarqués, les policiers répondent : « on va s’occuper des papiers ». Ils ont dit aussi « pour avoir un logement ». Les policiers prétendent emmener les gens au commissariat pour leur proposer ensuite un hébergement en hôtel.

Quand les gens demandent ce qu’il en est de l’hébergement, les policiers répondent « On va voir », si bien que certaines personnes ont pu croire que l’intervention de la police permettrait de trouver un toit temporaire. Le fait que les policiers leur aient demandé d’emmener leurs affaires personnelles a aussi pu renforcer, pour certains, cet espoir.

Après contrôle de leur situation administrative, les personnes ressortent du commissariat, entre 17h et 20h, au compte-gouttes, chacun comptant au fur et à mesure qui de sa famille manque à l’appel (père, mère, enfants, grand parents). Les personnes sorties restent à attendre avec leurs valises entassées sur les trottoirs.

Les policiers viennent rechercher à l’extérieur une jeune mère de famille qu’ils avaient relâchée, son bébé de moins d’un an dans les bras. Ils ne répondent pas à nos questions sur la raison de leur acte. Son autre enfant, qui a trois ans, s’accroche à elle en pleurant. Les policiers tentent alors de séparer l’enfant de sa mère mais n’y parviennent pas, grâce à l’intervention de plusieurs personnes. La situation cristallise néanmoins la colère des personnes présentes, qui protestent, abasourdies par cet acharnement.

Vers 20h30, un fourgon sort de l’Hôtel de Police, emmenant au Centre de Rétention Administrative de Lyon-St Exupéry la jeune femme en question et ses deux enfants, sous le regard de son mari qui, lui, a été libéré.

Un père de quatre enfants est aussi emmené sous le regard de sa femme et de ses enfants.

Un jeune homme enfin fait partie du convoi. Ses parents et son frère le regardent partir en larmes.

Pendant ce temps, devant la maison fraîchement murée, un vigile empêche les anciens occupants de revenir chercher leurs affaires. Au bout d’un moment, ce sont des policiers qui arrivent, munis de mitraillettes, l’air menaçant.

Le Conseil Général, appelé à de nombreuses reprises par des militants de la patate chaude répète qu’un hébergement d’urgence ouvrira lundi sans proposer d’aide. Le CCAS consent à financer deux chambres d’hôtel pour deux familles ayant des enfants en bas âge, laissant le soin aux familles de s’y rendre seules avec leurs (vie en) bagages et laissant donc le soin aux militants présents de les emmener dans leur propre véhicule.

Dans la soirée, une partie des familles, ne sachant pas où dormir et faire dormir leurs enfants, prend la décision de se rendre à Fontaine, à l’ancienne discothèque le Drac Ouest aujourd’hui désaffectée, où ils pensent poser leur affaires et se reposer pour la nuit, à l’abri de la pluie.

Une voiture de police, s’arrête à hauteur des personnes qui allaient attendre le camion de la Croix Rouge Rouge, prévenue par le 115 qui apportait à boire et à manger. Deux policiers contrôlent l’identité des 4 français et des demandeurs d’asile présents. Ils seront rapidement rejoints  par 3 autres voitures dont l’une avec des chiens, pour faire sortir les personnes encore à l’intérieur de l’enceinte du Drac Ouest  « pour des raisons de sécurité » disent ils et de « protection des personnes ». « Elles seront plus en sécurité dans la rue que dedans ». Celles-ci resteront 4 heures à attendre dehors. Entre temps les policiers ont renoncé à contrôler les papiers . Ne sachant plus trop quoi faire ils font déplacer la capitaine en veille. Celle-ci est prête à ne pas évacuer si un élu de la ville prenait la responsabilité de leur présence. Les élus (Nourdine Sakirda et Edouard Schœne accompagnés de Laurent Richard, directeur Pôle Développement Urbain Durable de la ville de Fontaine) ont refusé cela, tout autant que de trouver une solution d’hébergement au moins pour la nuit, argumentant que c’était du ressort du CCAS de Grenoble, puisque la rue Germain en dépend, et non de celui de Fontaine.

A 0h30, les policiers exigent des familles qu’elles reprennent le dernier tramway en direction de Grenoble. La police suggère aux familles de se rendre au souterrain de la gare, et un policier informe le conducteur du tramway de cette décision unilatérale.

Les familles se rendent finalement dans une maison vide où certains anciens habitants de la rue Germain se sont déjà réfugiés, et tous s’y entassent, préférant ça plutôt que dormir dehors. Les lieux ne sont pas immenses, mais ils accueillent alors environ la moitié des anciens habitants de la maison de la rue Germain, soit une soixantaine de personnes… Cette maison, squattée par des familles roms, est elle-même officiellement expulsable lundi 5 décembre. Avant cette date, elle constitue le domicile des personnes au sein duquel elles sont protégées par le principe d’inviolabilité du domicile. Pourtant, samedi 3 décembre en fin d’après-midi, la police pénètre dans la maison, et sans raison apparente,  ils aspergent les lieux de gaz lacrymogènes.

Patate chaude. Dimanche 5 décembre 12 h

Publié dans Compte-rendus | 2 Commentaires

2 réponses

le 12 décembre 2011 à 4:01 | Répondre  Nic

“… rend la situation difficilement supportable pour les habitants et, dans une certaine mesure, pour le voisinage.”

“Dans une certaine mesure” vous êtes vraiment des irresponsables de balancer toutes ces familles à cet endroit sans les encadrer, sans les accompagner et en faisant comme s’il n’y avait pas de problème avec le voisinage … Se servir de ces gens à des fins purement idéologiques comme vous le faites, sans anticiper ni même en assumer les conséquences c’est non seulement irresponsable mais également dégueulasse …

le 13 décembre 2011 à 3:16 |  admin

Nous n’avons pas « balancé » toutes ces familles, elles sont venues d’elle-même dans cette maison. Elles pâtissaient les premières de la surpopulation. Elles ont préféré habiter dans cette maison plutôt que de vivre dans la rue. Elles avaient droit à un hébergement en cours de demande d’asile, ce que les autorités en place leur ont refusées. C’est donc les autorités en place qui sont irresponsables et refusent d’agir, en toute illégalité d’ailleurs.
Nous n’avons jamais nié qu’il n’y avait pas de problèmes avec le voisinage. D’ailleurs certains voisins, conscients de ces problèmes, ont agi dans un autre sens que le votre : ils ont rencontré ces personnes, leur ont parlé directement.
Ce qui s’est passé dans votre voisinage est le résultat d’une politique qui au mieux exclut et humilie, au pire terrorise. Nous essayons de lutter contre cette politique.
Et à la différence des « responsables » de cette politique, nous ne prétendons pas « encadrer » qui que ce soit, ni savoir à leur place quel est leur bien. Nulle idéologie là-dedans, simplement de l’écoute. Peut-être, si vous aviez engagé un dialogue avec eux, auriez vous su de la bouche des principaux concernés s’ils avaient l’impression qu’on se servait d’eux.
Vous aurez tout loisir de retrouver votre tranquillité perdue lorsque l’immeuble de grand standing construit par la SAFILAF logera des cadres supérieurs (peut-être étrangers également) de passage à Grenoble pour quelques nuits. Quant aux personnes dont vous déplorez qu’elles aient trouvé un logement de fortune à votre porte, elles continueront, loin de vos regards, à errer dans les bas-fonds d’une société qui les y relègue.

Quand à nos erreurs, nous tâcherons de les comprendre pour persévérer dans notre lutte.

Le collectif La Patate Chaude