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A Wissous, la « chasse à l’eau » des Roms, privés de bornes à incendie par le maire [Le Monde]

source :  http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/07/29/a-wissous-la-chasse-a-l-eau-des-roms-prives-de-bornes-a-incendie-par-le-maire_3454840_3224.html

A Wissous, la « chasse à l’eau » des Roms, privés de bornes à incendie par le maire

LE MONDE | 29.07.2013 à 10h59 | Par Shahzad Abdul

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L’orage a perforé, samedi 27 juillet, les toits faits de tôles et de bâches plastifiées recouvrant les baraquements de fortunes, bricolés en bois, qui constituent le camp de Roms de Wissous (Essonne). Les matelas posés à même le sol sont imbibés d’eau, tout comme le mince mobilier, entreposé le temps d’un ménage improvisé sur ce terrain vague boueux de la ZAC des Hauts-de-Wissous. Là, près de 150 Roms – dont un tiers d’enfants – ont élu domicile il y a un an, après l’incendie qui avait ravagé leur précédent bidonville situé dans la commune voisine de Massy.

Pourtant, personne dans ce campement, situé en face du centre d’innovation Antonypole, ne se plaint : c’est que l’eau s’y fait rare. Le 6 juillet, Régis Roy-Chevalier, le maire (PS) de Wissous, a décidé d’assécher trois des cinq bornes à incendie de la ZAC, où les Roms s’approvisionnent en l’absence d’autre point d’eau. Une quatrième a été fermée le mercredi 24 juillet. La seule borne qui reste accessible se situe à un kilomètre du camp.

Entreposés à l’entrée, derrière une benne à ordure qui déborde, une dizaine de Caddie de supermarché servent aux allers-retours des jerricans de vingt litres jusqu’à la borne, d’ordinaire réservée aux pompiers. Une tâche dévolue aux femmes roms. « Le problème, c’est que l’eau, on en a besoin pour tout, la vaisselle, le linge, boire. Moi, je prends ma poussette, et je mets deux bidons dessus. Chacun fait comme il peut, mais je ne comprends pas pourquoi on nous prive d’eau », raconte Yelena, 34 ans,…

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Un camp de Roms à Carrière-sous-Poissy (Yvelines), en 2010.

A Wissous, la « chasse à l’eau » des Roms, privés de bornes à incendie par le maire

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« Les roms touchent 75 euros par jour sans rien faire ! » : intox d’extrême-droite [debunkersdehoax.org]

source : http://www.debunkersdehoax.org/blog/lire-article-723900-9862317-_les_roms_touchent_75_euros_par_jour_sans_rien_fai.html

« Debunkers des rumeurs / hoax d’extrême droite – avec votre participation, un site qui démolit les intox des extrêmes-droites »

« Les roms touchent 75 euros par jour sans rien faire ! » : intox d’extrême-droite

22 avril 2013. Revoici un de nos plus gros fournisseurs de hoax,  « Mediapresse 75« ,  (qui sous-titre son blog, sans rire :  « on vous dit tout »  ) .

big_artfichier_723900_2009956_201304210756116« Scandale ! Un Rom vivant en France touche 75 euros net sans travailler ! « 

« les populations Roms vivant en France touchent un joli pactole : 75€ X 30 Jours = 2 250€ par mois ! »
« Qu’on ne s’étonne donc pas du trou abyssal de nos finances… »

 

Le blog  relaie « Novopress », prétendue « agence de presse » « indépendante », et en réalité attrape – nigauds mis en place par le groupe néofasciste « Bloc Identitaire« .

En réalité : une astreinte judiciaire tout à fait exceptionnelle, concernant la Préfecture du Rhône

Bien évidemment, et contrairement au gros pipeau de « Mediapresse 75 », aucun Rom, (comme aucune personne classée dans la catégorie « gens du voyage ») ne perçoit cette imaginaire « allocation rom », que ce soit ces 75 euros / jours ou les 2250 euros mensuels.

En réalité, il s’agit d’un jugement prononcé à Lyon, le 3  avril dernier.( voir Rue89-Lyon)

Le tribunal administratif a estimé que la Préfecture était en infraction, au regard de la loi Dalo de 2009 (droit au logement opposable) ainsi qu’au regard  d’une circulaire ministérielle de l’été 2012,   pour ne pas avoir proposé une solution d’hébergement d’urgence à une douzaine de familles Roms expulsées d’un camp à Villeurbanne.

La loi dite « Dalo » , qui s’applique à toute personne, de nationalité française ou non, dit  en effet très clairement :

« Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ».

En conséquence, le tribunal a ordonné au Préfet du Rhône de proposer, dans un délai de 4 jours,  un hébergement d’urgence aux familles les plus en détresse, sous peine d’une astreinte de 75 euros par jour et par famille ( et non pas 75 euros / jour par personne, comme « Novopress » ou Le Figaro l’écrivent faussement) . Le Préfet n’a pas contesté le jugement.

Ci-dessous, extrait de l’analyse du jugement, faite par un avocat :

Le juge rappelle « qu’il appartient aux autorités de l’Etat de mettre en oeuvre le droit à l’hébergement d’urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale  en vertu de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles, et qu’une carence caractérisée dans l’accomplissement de cette tâche peut constituer une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu’elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée.
Il a pris en compte la situation familiale, médicale et l’âge des personnes pour estimer que leur évacuation du campement sans proposition d’hébergement de la part du préfet constituait une atteinte à une liberté fondamentale.
Deux familles ont en revanche été déboutées car il s’agissait de couples sans enfant ne correspondant pas aux critères fixés par la jurisprudence.

Les roms, premiers boucs-émissaires, le tour des autres ensuite

Comme toujours, on voit que l’extrême-droite monte en épingle une histoire, désigne d’abord les roms, et tout ceux qui leur paraissent immigrés comme responsables du  « trou abyssal de nos finances » . Dans la foulée,  sont désignées comme abuseurs et fraudeurs toutes  les personnes qui reçoivent des prestations et protections sociales, qu’elles aient la nationalité française ou non.

En réalité, c’est la fraude économique et fiscale qui pèse sur les finances publiques, bien plus que la la « fraude sociale »

cf Le Parisien,  janvier 2013 :  La fraude fiscale coûterait 80 milliards d’euros 

cf Ras L’ Front  Au FN on veut des frontières partout, mais on fait ouvrir des comptes en Suisse : 

big_artfichier_723900_2012286_201304224730793Voici qu’avec l’affaire Cahuzac, les Le Pen sont soudainement  scandalisés par la fraude fiscale !

Eux qui menaient croisade contre les impôts, désignant de plus  les bénéficiaires de prestations sociales comme étant des fraudeurs (et les immigrés étant les accusés favoris dans la propagande FN , alors que l’immigration rapporte tous les ans un gros paquet de milliards de bénéfice aux budgets sociaux).

Pourtant, cela fait longtemps que les syndicats des services des impôts ont estimé que, bien plus important que la fraude aux allocations sociales,  la fraude des entreprises et la fraude fiscale  représentent un montant annuel équivalent aux budgets de l’Education et de l’Intérieur réunis (voir Le Parisien, janvier 2013 )

Voilà Le Pen-fille qui nous serine de nouveau son air « pour moraliser , il faut rétablir les frontières »(cf Le Point).

Alors que le lendemain,  Mediapart fournit de nouveaux détails sur « l’optimisation fiscale suisse » utilisée par Le Pen-père !

Alors que le grand ami de Le Pen-fille mais aussi ami de l’ex-ministre PS Cahuzac, Philippe Peninque ancien dirigeant du GUD, s’est spécialisé dans le « conseil » pour l’ouverture de comptes en Suisse et autres paradis fiscaux !

Voici une citation qui peut faire réfléchir, à l’heure où les extrêmes-droites et les droites s’unissent.

Texte attribué au pasteur protestant allemand Niemoller, mis en camp de concentration par les nazis.

  » Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les Juifs, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas Juif.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n’ai pas protesté parce que je ne suis pas catholique. »

Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester.  »

22/04/2013 · 1073 vues

« Pas d’enfants à la rue, et tous scolarisés », exige RESF [ledauphine.com]

sourcé : http://www.ledauphine.com/isere-sud/2013/03/20/pas-d-enfants-a-la-rue-et-tous-scolarises-exige-resf-gvdw

« Pas d’enfants à la rue, et tous scolarisés », exige RESF

Une famille roumano-hongroise (un couple et ses trois enfants) a été expulsée durant les vacances scolaires de ces préfabriqués de Fontaine (photo prise début décembre 2012). Photo Archives DL/Marc GREINERUne famille roumano-hongroise (un couple et ses trois enfants) a été expulsée durant les vacances scolaires de ces préfabriqués de Fontaine (photo prise début décembre 2012). Photo Archives DL/Marc GREINER

Que se passera-t-il le 31 mars, à l’issue de la “trêve hivernale”, pour les quelque 600 personnes de l’agglomération grenobloise, dont une centaine de Roms (pour la plupart Roumains), actuellement hébergées via le dispositif d’hébergement d’urgence mis en place durant l’hiver ?

C’est la question que posent les militants _ pour la plupart des enseignants _ de Réseau éducation sans frontières (RESF) du canton de Saint-Égrève, quelques jours après l’expulsion d’une famille roumano-hongroise (un couple et ses trois enfants) du campement de préfabriqués de Fontaine, au motif que le père de famille a utilisé une plaque électrique chauffante dans le logement, ce que le règlement interdit.

« Ce camp de Fontaine, qui abrite depuis début décembre 2012 une quinzaine de familles totalisant une cinquantaine de personnes (alors expulsées du camp de Saint-Martin-le-Vinoux), dispose d’une cuisine commune avec seulement deux plaques chauffantes pour tout le monde, c’est donc impossible de ne pas cuisiner dans son logement », argumente RESF.

« Si on ne fait rien, c’est une intégration réussie qu’on va fragiliser »

La famille expulsée est, depuis, hébergée « chez des amis », mais cette expulsion a bien sûr une fois de plus traumatisé les enfants. « Ils ont manqué 3 des 8 premiers jours d’école à la rentrée, après les vacances, témoigne l’institutrice qui les suit sur Saint-Martin-le-Vinoux. Et que va-t-il se passer après le 31 mars, si toutes ces familles se retrouvent sans logement ? Ils risquent de ne plus venir à l’école, et c’est dramatique quand des enfants ne viennent plus à l’école, car ils ont fait des efforts, leurs familles ont fait des efforts. Et quand des gamins n’ont plus accès à l’école, ils ont accès à la rue. Le fait d’avoir accès à l’école, ça montre aussi aux autres enfants, aux parents, aux collègues enseignants, que ces Roumains sont des gens comme tout le monde : ça lève pas mal de tabous, de préjugés ».

Alors que des dizaines d’enfants (roms ou pas) risquent de se retrouver à la rue à la fin de mois, RESF rappelle son exigence : « Qu’il n’y ait pas d’enfants à la rue, même au printemps, même en été, qu’ils soient tous scolarisés, que les familles aient des papiers pour assurer la poursuite de cette scolarité normale. Cette poursuite était promise par le maire de Saint-Martin-le-Vinoux quand ces familles ont été expulsées du camp de Saint-Martin-le-Vinoux ».

Ces membres de RESF ont alerté François Brottes, député, et Pierre Ribeaud, conseiller général du canton de Saint-Égrève, de la situation, mais n’ont eu aucun retour. « On veut voir rapidement Olivier Noblecourt, vice-président de la Métro chargé de l’hébergement, et Yannik Ollivier, maire de Saint-Martin-le-Vinoux, pour dire que ces familles jouent le jeu, et que si on ne fait rien, c’est une intégration réussie qu’on va fragiliser ».

par Vincent PAULUS le 20/03/2013 à 07:19 Vu 163 fois

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles [Rue89]

source : http://www.rue89.com/2012/11/09/pourquoi-nous-avons-aide-les-roms-en-bas-de-chez-nous-echirolles-236889

Témoignage 09/11/2012 à 18h02

Pourquoi nous avons aidé les Roms en bas de chez nous, à Echirolles

Cheryl Pereira | Habitante d’Echirolles

Un lundi, je découvre un tract contre les « nuisances » des Roms qui campent près de mon immeuble : « Il y a tout lieu de redouter les cambriolages. »

Les familles roms se sont installées mi-octobre sur l’herbe, juste devant chez nous. Une soixantaine de personnes, dont des femmes enceintes et beaucoup d’enfants.

Nous vivons à la frontière entre Grenoble et Echirolles (Isère), au sud du quartier des Granges (tristement célèbre). J’habite un des trois immeubles sociaux, entourés d’une majorité de copropriétés.

De nos fenêtres nous voyons le terrain de foot, un parking et cette étendue d’herbe où ils ont planté leurs pauvres tentes igloo dans des conditions insalubres : pas de poubelles, pas de toilettes, pas d’eau.

Un tract sur la porte du hall

Des voisins sont allés à leur rencontre, discuter avec eux, essayer de savoir d’où ils venaient. Personnellement je n’y étais pas allée jusqu’à ce qu’en rentrant chez moi, lundi 22 octobre, je trouve ce tract affiché sur la porte du hall.


Le tract affiché dans le hall de l’immeuble

« Un camp de Roms s’est installé depuis mardi dernier, dans le pré qui borde le parking d’Alpexpo, à la limite entre Grenoble et Echirolles.

Afin de ne pas subir une nouvelle fois des nuisances de toute sorte, tout comme cet été, nous devons nous mobiliser en masse et avertir les autorités compétentes (mairies de Grenoble et Echirolles, ainsi que la police afin que ces gens soient obligés de partir).

Chaque jour, de nouvelles tentes sont installées et chaque jour les ordures et déjections s’amoncellent un peu plus !

Ces gens se promènent la nuit dans nos environs, et il y a tout lieu de redouter les cambriolages…

Il faut donc agir au plus vite tant qu’il n’y a qu’une quinzaine de tentes, pour le bien de tous et surtout pour éviter une dégradation constante, depuis plusieurs mois, de notre quartier.

Mobilisez-vous pour le quartier des Granges. »

Ce n’était pas signé bien sûr. J’ai tout de suite pensé à Marseille, aux habitants qui ont chassé des Roms et brûlé leurs affaires, ça m’a vraiment choquée.

Je me demande comment quelqu’un a pu écrire ça. Les familles sous tentes sont roms mais toutes avaient peur de la réaction des riverains, elles ne se promenaient pas dans le quartier. On ne pouvait ressentir aucune menace de leur part. Furieuse, j’ai fait le tour des immeubles pour arracher ces tracts.

J’ai affiché un mot à la main, disant qu’il y avait des gens en détresse juste en bas de chez nous, et qu’on pouvait peut-être les rencontrer plutôt que leur taper dessus. Puis j’ai envoyé un e-mail à tous mes voisins du secteur – je fais partie d’une association de locataires mais je leur ai écrit à titre individuel – pour leur demander s’ils savaient d’où pouvait venir ce torchon raciste.

Une petite fille en sandalettes

Nous nous sommes concertés pour aller rencontrer les Roms, à six ou sept voisins. Au début, ils étaient sur leurs gardes, se défendaient : « C’est la police qui nous a dit de venir. » On leur a expliqué qu’on était simplement étonnés qu’ils se retrouvent ici.

Une dame m’a montré sa petite fille en sandalettes, qui marchait les pieds mouillés dans l’herbe. Une femme a dit qu’elle avait froid, une autre qu’elle avait peur des rats. Un gamin de 11 ans qui parlait français faisait la traduction, et de temps en temps il partait pour aller jouer.

Ils nous ont dit être macédoniens, serbes, kosovars, et ne se comprenaient pas tous entre eux. Un de nos voisins a pu converser en italien avec un Macédonien qui parlait bien cette langue. Plus tard, ce voisin a acheté des bâches et cordages pour protéger les fragiles tentes igloo des « campeurs ».

Nous avons sollicité le collectif La Patate chaude, qui a l’habitude de travailler avec les Roms. Ses membres parlant serbe nous ont accompagnés.

Gâteaux, couvertures, vêtements

Toute l’organisation s’est faite de manière spontanée, entre nous. Chacun a des talents spécifiques : certains parlent plusieurs langues, d’autres ont travaillé dans des crèches ou avec des personnes âgées, d’autres avaient un impressionnant carnet d’adresses, etc.

Les associations, déjà très occupées, nous ont donné de précieux conseils et orientés vers les « bons » interlocuteurs. Nous avons sollicité les élus et harcelé les autorités. Nous avons bombardé les mairies d’e-mails, d’appels. C’était toujours de la compétence de l’autre administration. Personne ne bougeait.

La nuit, la température tombe. Nous avons envoyé des e-mails à toutes nos connaissances pour obtenir de l’aide et donné aux familles des couvertures, de la nourriture, des vêtements. Nous avons emmené les malades chez les médecins du quartier ou à Médecins du monde.

On leur a prêté une pioche pour creuser des latrines, qu’ils ont ensuite rendue. Les familles ont gardé leur campement très propre, en entassant leurs déchets dans de grands sacs poubelles dans un coin, avant que nous les emmenions à la déchetterie en voiture.

A chaque fois qu’on repartait, on était mal de savoir que des enfants dormaient dans ces conditions.

Au centre social

Quand il s’est mis à pleuvoir au bout de quatre jours, nous avons débarqué au centre social et obtenu de pouvoir nous y réunir. Avec quelques hommes du campement évidemment, pour voir avec eux ce dont ils avaient le plus besoin.

Leurs demandes nous dépassaient complètement : ils disaient « maison », « école », « papiers », « travail ». Et « manger », ce qui nous faisait le plus mal au cœur. Nous avons essayé de comprendre leur situation administrative avec des interprètes macédoniens adorables.

Les secrétaires du centre social ont apporté du thé et du café à tous. Le directeur a accepté de nous laisser le centre pour le week-end et pour des réunions, sans accès aux toilettes cependant.

Samedi 27 octobre, mon compagnon, qui est restaurateur, a fait un mégarepas chaud. On a fait venir les familles au centre social à tour de rôle et avons pu servir plus de 70 personnes.

Déménagement au gymnase

Cet après-midi-là, le directeur général des services de la mairie d’Echirolles est venu nous annoncer l’évacuation des Roms vers un gymnase à Grenoble. Faute de véhicules, ils devaient y aller en tram.

Les téléphones ont marché à fond pour trouver de l’aide et des voitures. Pendant que les hommes démontaient le camp, nous avons emmené les femmes et les enfants.

Une douzaine d’habitants du coin ont fait le déménagement avec des membres du collectif de la Patate chaude et deux estafettes que la ville a fini par nous accorder.

Dès que les hommes sont arrivés au gymnase, ils ont couru comme des fous à l’intérieur pour s’assurer que les femmes et les enfants étaient bien là. On était sidérés et on s’est demandé ce qu’ils avaient subi dans leur vie pour avoir si peur. Nous avons passé le relais à la Croix-Rouge.

Collecte et couscous

Depuis, on s’est relayés tous les jours. Un restaurant près du gymnase a servi 100 repas le dimanche. Les parents de Sofiane, tué il y a un mois à Echirolles, ont fait un couscous. On a continué à récupérer des couvertures, des chaussures, des biberons, des chauffe-biberons, des médicaments pour les malades.

Certains on acheté du lait, des petits pots de fruits, des couches, d’autres des produits d’hygiène, on a distribué des serviettes de toilette, une dame est venue avec du chocolat chaud.

Nous avons accompagné une femme enceinte à l’hôpital pour l’accouchement. Elle a été renvoyée au gymnase avec un bébé de 3 jours. Tous ceux qui sont passés, assistantes sociales, médecins, pompiers, assistants parlementaires, étaient atterrés de ces conditions de vie.

Puis les familles ont été évacuées du gymnase. Les familles avec des enfants mineurs dans des centres d’accueil, les autres, à la rue.

Cynisme des pouvoirs publics

Je savais que le parcours de ces immigrants était difficile, mais pas à ce point. Il existe un véritable cynisme des pouvoirs publics. Avec ces phrases toutes faites comme « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », on a complètement occulté qu’il s’agissait d’êtres humains.

Je ne fais pas d’angélisme : il peut y avoir des chapardages, il peut aussi y avoir des réseaux mafieux, mais les Roms sont traités en sous-hommes un peu partout en Europe.

Nous comptons vraiment suivre ces familles et savoir ce qu’elles vont devenir. Nous avons décidé de nous appeler « Collectif citoyen des habitants des Granges et d’Echirolles, soutien aux gens de l’ex-Yougoslavie, atterris sous des tentes sur les terrains d’Alpexpo ».

C’est long, comme la liste des gens qui nous ont rejoints dans un formidable élan. Et pour moi ça a une autre signification que lorsque les associatifs prennent tout en main.

En catimini, beaucoup de gens pas concernés m’ont dit : pour les Français qui sont dans la mouise, personne ne bouge le petit doigt. Pour moi, cela ne s’oppose pas. La misère n’est pas acceptable, qu’elle vienne d’ici ou d’ailleurs.

Nous continuerons à interpeller les politiques et leur disons que ce que nous, simples citoyens, faisons avec nos modestes moyens, les autorités doivent le faire plus efficacement et humainement. Nous voulons le changement maintenant.

Lettre ouverte aux habitants de Saint‑Martin‑le‑Vinoux et à Monsieur le maire ainsi qu’aux élus de la commune [Indymedia Grenoble]

source : http://grenoble.indymedia.org

Lettre ouverte aux habitants de Saint‑Martin‑le‑Vinoux et à Monsieur le maire ainsi qu’aux élus de la commune

lundi 15 octobre 2012 par les habitant-e-s du campement de Saint-Martin-le-Vinoux, le collectif La Patate Chaude et RESF Saint-Egrève

[Infos locales] [Migrations / Sans-paps] [Logement / Squats]

Ce texte a été écrit par les habitants du campement de la Casamaures ainsi que des personnes du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) et du collectif « la Patate chaude », qui l’ont mis en forme.

Chers Saint-Martiniers, chères Saint-Martinières,

Le maire de votre commune a écrit, dans la dernière édition du « Bref », journal d’information de la ville, un édito fourre-tout qui mêle problèmes sociaux et catastrophe naturelle comme s’ils étaient comparables. Dans ce texte, il parle notamment du camp de Roms de la Casamaures : il évoque l’occupation « illégale » d’un terrain privé, à laquelle le propriétaire ne s’oppose toutefois pas (donc pas illégale), et que lui voudrait faire expulser. Il parle d’« activités mafieuses, allant du racket en passant par la prostitution ». Ce que nous savons avec certitude, c’est qu’une cinquantaine de personnes vivent sur ce campement sans eau ni électricité, sans sanitaires et sans moyen d’évacuer les ordures qui s’accumulent immanquablement sur le terrain, vivotant tant bien que mal d’expédients. Et si cette situation a parfois pour corollaire des nuisances pour le voisinage, ce sont bien les personnes du campement qui en sont les premières victimes.

Celles qui ont essayé, avec notre aide et celle des associations Un Toit Pour Tous et Roms Action, d’obtenir un hébergement ont essuyé des refus. Malgré cela, ces personnes s’efforcent de vivre, et notamment de scolariser leurs enfants – dont certains sont les camarades de classe des vôtres – espérant ainsi en un futur meilleur que leur présent. Cet espoir, une expulsion du campement qui les enverrait loin de leur école y mettrait fin.

Ce que les habitants du campement aimeraient vous dire…

« Nous voulons vivre ici à Saint-Martin-le-Vinoux… Cela fait plusieurs années que nous sommes arrivés en France, espérant trouver dans ce pays une place pour vivre loin de la ségrégation et de la misère que subissent les Roms depuis des décennies. Nous venons pour beaucoup d’entre nous de Roumanie ou des pays qui sont entrés récemment dans l’Union européenne. A ce titre-là, nous devrions avoir les mêmes droits que tous les autres migrants d’Europe : la libre circulation et installation des personnes.

Or il n’en n’est rien ! On nous chasse de partout, nous obligeant à chaque expulsion à reconstruire un habitat de fortune avec nos familles, dans des conditions indignes de cette Europe.

Beaucoup d’entre vous ignorent qui nous sommes. Seule l’image de Roms nomades nous colle à la peau avec son cortège de clichés réducteurs (prostitution, vols, mendicité). Mais qui sait que les ressortissants roumains et bulgares sont soumis à un statut spécial pour l’emploi qui est appliqué essentiellement pour les pauvres, dont les Roms ? Celui-ci restreint notre accès au travail. Seuls quelques métiers nous sont autorisés, et encore, à la condition que l’employeur s’acquitte d’une somme à payer aux pouvoirs publics. Cette restriction court jusqu’en 2014. Et seul le préfet délivre les autorisations d’embauche.

Nous savons que la France s’est construite ainsi par des venues successives de migrants, qui ont apporté leurs différences et aussi leurs richesses culturelles. C’est pourquoi nous, habitants du campement, soutenus par le collectif « la Patate Chaude » et le Réseau Éducation Sans Frontières, nous voulons vous faire part de notre désir de vivre ici sur cette commune où nos enfants sont scolarisés (ce qui a d’ailleurs permis de garder une classe sur la commune).

Nous sommes ouverts au dialogue pour vous expliquer qui nous sommes et aussi pour vous dire que dans les conditions de dénuement et d’insalubrité où nous sommes, il est parfois difficile de vivre selon les critères qui ont cours dans une communauté ayant l’eau, des sanitaires, un ramassage d’ordures… et des ressources – celles du travail, ou les allocations pour celles et ceux qui sont frappées par le chômage. Toutes ces choses qu’on appelle la misère quand on ne les a pas.

Si à certains moments vous avez pu être dérangés par des nuisances de tout ordre, nous avons le désir d’en faire disparaître les causes et de vivre en bons termes avec vous. Ce campement peut vivre sans gêner le voisinage, en l’aménageant (eau potable, évacuation des eaux usées, ramassage des ordures). Nous sommes prêts à participer financièrement, au regard de nos faibles revenus. Mais ce que nous voulons c’est un logement durable sans éclatement de nos familles. »

Il faut que les pouvoirs publics proposent des solutions dignes et adaptées aux personnes qui vivent sur ce campement. Le RESF et le collectif « la Patate Chaude » soutiennent les démarches des habitants, ne voulant pas voir la haine et le rejet de l’étranger revenir au grand galop, jetant les peuples les uns contre les autres, dans un pays qui se dit « patrie des droits de l’Homme » et se targue du droit à l’éducation. Nous gardons en mémoire ce que l’on a fait subir aux Juifs et aux Roms entre 1940 et 1945. Ce qui se passe actuellement avec les expulsions des camps de Roms doit interpeller chacun et chacune d’entre nous. Nous ne devons pas oublier que quelle que soit notre origine et notre culture, nous pouvons vivre ensemble. Nous espérons que les habitants et habitantes de Saint-Martin-le-Vinoux soutiendront cette démarche, afin qu’une solution humaine soit trouvée aux problèmes des personnes qui vivent bien malgré elles dans la misère sur ce campement.

Nous, habitants du campement et membres de RESF et de la Patate Chaude, allons rencontrer prochainement monsieur le maire et les élus de Saint-Martin le Vinoux afin de débattre de l’avenir des familles sur cette commune.

Marseille: l’incendiaire se trouve Place Beauvau [La voix des Rroms]

source :  http://rroms.blogspot.fr

vendredi 28 septembre 2012

Marseille: l’incendiaire se trouve Place Beauvau

L’évacuation par « des riverains » d’une trentaine de Rroms à Marseille et la mise à feu de leurs affaires marquent le début des pogromes anti-tsiganes en France. La police de M. Valls, présente sur place, n’a procédé à aucune interpellation « en l’absence d’agression physique ». Mais le vrai incendiaire est leur ministre de tutelle lui-même, puisque depuis l’été dernier il martèle inlassablement le message de l’urgence du « démantèlement des campements illicites », qu’il juge « un défi au vivre ensemble ».
Depuis 20 ans, à chaque expulsion de Rroms, la police indique aux médias qu’elle s’est faite « sans heurts ». Car les Rroms ne cherchent pas de heurts. La police non plus, du moins pas ouvertement. Comme aucun des protagonistes ne cherchait de heurts, par l’affirmation d’un « défi au vivre ensemble », le gouvernement a réussi à créer le troisième protagoniste à Marseille. A force d’appâter des gens avec ce message pour leur faire faire la sale besogne sous l’œil d’une police inactive, si ce n’est bienveillante, le ministre a réalisé son rêve de voir sa supputation concrétisée.
La déshumanisation et la diabolisation des Rroms il y a deux jours, lorsque des parents d’enfants qui se livraient à des vols de téléphones portables ont été qualifiés d’esclavagistes et de trafiquants d’enfants participe pleinement à l’ouverture illimitée de la chasse aux Rroms. L’inaction de ce qu’on appelle « forces de l’ordre » fait de ces dernières des complices par omission de pogromes. Nous exigeons du gouvernement une condamnation ferme de ces actes et l’ouverture d’une enquête pour qu’ils ne restent pas impunis.

Dans le cas contraire, les mêmes causes produisant les mêmes conséquences, qui pourra s’étonner si la France, à l’instar de la Hongrie, voit des Rroms qui, n’ayant pas d’autre choix, s’organisent pour se défendre? A ce moment-là, qu’on ne vienne pas nous dire que le «défi au vivre ensemble » c’est nous.

Non aux expulsions et aux camps [sosmaman.20minutes-blogs.fr]

source : « SOS dans une tempête de mère » – Blog de Chloé LAROCHE, maman, écrivain et violoniste engagée pour la solidarité

Non aux expulsions et aux camps

Bonsoir à tous et toutes,

 

Quelle bonne idée cette proposition de voir fleurir dans toutes les écoles l’apprentissage de la morale laïque… la remise en éducation des belles idées républicaines, comme la fraternité, la liberté, la solidarité, l’égalité.

Mais que les adultes donnent d’abord l’exemple, avant.

Je n’irai pas par quatre chemins en disant que je suis extrêmement choquée après avoir pris connaissance de l’ensemble des faits établis au sein de cet article-enquête que je vous invite à parcourir aussi :

http://www.educationsansfrontieres.org/article43937.html

Je suis extrêmement choquée d’entendre chaque jour sur les radios en conduisant mon taxi sanitaire que se déroulent des démantèlements de camps de roms quotidiennement. Certains camps se composaient pour la moitié d’enfants. On détruit les camps mais on ne donne pas de solutions. On les évacue mais on ne les reloge pas. On juge ces personnes, on dit d’elles qu’elles volent, qu’elles pillent, qu’elles sont malfaisantes. Mais on ne les regarde pas comme des êtres humains. 

Je passais chaque jour près de l’hôpital de Grenoble où se trouvait un camp de roms. Un matin, à 6 h, le 26 juillet, cet été, ils ont tous été expulsés de leur lieu d’accueil. Des enfants devaient être scolarisés, pris en charge par des associations. Depuis, elles les recherchent. C’est terrible. Avez-vous pensé au désarroi de ces familles, de ces enfants traqués par la vie, par la misère perpétuelle, par un destin d’éternels nomades ?grenoble,roms,camps,démantèlement,expulsion,morale laïque,immigration,enfants,resf,education sans frontiere,politique,manuel valls,gouvernement,gauche,hollande,élections,électeur,déception,associations,rentrée,actualité,honte,la tronche,mairie,racisme,nomade,errance,fuite,police,violence,rejet,société,injustice,tzigane,roumanie,france,isère,indignation,taxi sanitaire,témoin

Les maires se lavent les mains de tout cela en disant que ces camps sont insalubres et qu’on ne peut les laisser ainsi. Mais l’enfer est bien pavé de bonnes intentions. Et le diable se cache derrière les masques grimaçants de la bienséance et de la propreté urbaine.

La politique du nouveau Gouvernement me déçoit grandement concernant les roms et l’immigration.

L’espérance que j’avais placé en lui s’effondre. Nous sommes passés de Charybde en Scylla, du pire au pire nous sommes passés.

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Chloé LAROCHE

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P.-S : merci de lire ces articles pour info :

http://fr.squat.net/2012/08/12/grenoble-la-mairie-de-la-tronche-na-jamais-autant-pue/

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http://collectif16septembre.wordpress.com/ 

(dont vidéo et photos)

Roms : petit manuel administratif pour une expulsion réussie [rue89]

source : http://www.rue89lyon.fr

« Association anarchiste sur place aussi »

ah ah ah !! 🙂

d’autres extraits brillants :

  • Beaucoup d’électroménagers, vélos, matériel HIFI et d’affaires en bon état mais la PN a demandé à ce que tout soit détruit
  • Demande de renfort PN pour éclater les groupes
  • 3 appels de riverains satisfaits de cette opération
  • Points de vigilance post opération : les Roms cherchent à se repositionner

et si ils avaient mis autant d’énergie pour essayer d’aider les gens ???

Rue89Lyon s’est procuré le compte rendu des réunions de préparation du démantèlement du camp de Roms de La Tronche (Isère) le 26 juillet dernier, entre les services de la préfecture, ceux de la mairie et les entreprises impliquées. Ce document interne à la commune décrit comment il faut procéder pour réussir une expulsion.

Compte-Rendu-Expulsion-Roms-La-Tronche-Isere

Depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande, près de 3000 Roms ont été expulsés de leur squat ou de leur bidonville, sans que l’on sache précisément comment s’organisent ces évacuations. D’où l’intérêt du document interne à la ville de Tronche (Isère) que nous nous sommes procuré et qui retrace la préparation et l’évacuation d’un bidonville d’une centaine de personnes, le 26 juillet.

C’est à la Tronche, petite ville (maire UMP) de 6000 habitants de l’agglomération grenobloise, au pied du massif de la Chartreuse, que s’est déroulée l’une des premières expulsions de camps de Roms depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement. Elle est intervenue le lendemain des déclarations du ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, sur « l’obligation de prendre des décisions de démantèlement de campements roms ».

Le document, intitulé « Compte rendu journée du 26 juillet 2012 : expulsion du camp des Roms » (voir le pdf au bas de l’article), est une compilation des réunions entre la préfecture de l’Isère, la municipalité, la police et les « entreprises intervenantes » en amont de l’expulsion, à laquelle a été adjointe la « main courante » qui reprend minute par minute le déroulement du jour-J. Ce briefing contient plusieurs recommandations.

 

1/ Limiter les images de l’expulsion

Le contrôle de la communication de l’opération est la première préoccupation de Jean Rampon, directeur de cabinet du préfet de l’Isère si l’on en croit la chronologie des discussions retranscrites dans le compte rendu d’une réunion de préparation une semaine avant le démantèlement. Alors que les participants évoquent le déroulement des opérations le jour de l’évacuation, le bras droit du représentant de l’État dans le département donne ses recommandations pour que le démantèlement se déroule en deux temps.

« Le Directeur de cabinet du Préfet souhaite que l’évacuation précède de quelques heures la sécurisation. En effet il souhaite éviter l’effet amalgame évacuation/pelleteuse. Cette dernière ne débutera que vers 14 heures. Les engins de chantier seront positionnés à proximité », relate le document.

Pour sa défense, il convient de préciser qu’une opération similaire le 1er septembre 2011 avait eu mauvaise presse. Les images tournées ce jour-là par l’équipe de France 3, notamment, montraient les caravanes englouties sous les yeux de leurs anciens occupants. Hors de question de faire la même erreur de communication pour le camp de La Tronche.

En montant le démantèlement en deux temps, moins de risque de voir diffuser des images similaires. Mais par précaution, le collaborateur du préfet souhaite également limiter l’accès des journalistes au site.

« Ce dernier ajoute qu’il serait bien de sensibiliser les habitants du Manhattan (une résidence en copropriété voisine du camp, NDLR) à ne pas permettre aux journalistes de pouvoir entrer chez eux afin de réaliser des reportages qui pourraient nuire à l’opération », note le compte rendu.

 

2/ Tenir bon face à la pression médiatique

En ultime recours, si les journalistes en manque d’images et de témoignages du voisinage cherchent à contacter les élus, Jean Rampon leur glisse un dernier conseil que retranscrit le document.

« D’une manière générale, la préfecture a souhaité faire passer le message selon lequel il était nécessaire d’être prêt et de tenir bon face notamment aux diverses pressions qui en découleront ».

Contactée par Rue89Lyon pour réagir à la publication de ce document, la préfecture affirme que « le jour de l’intervention, la presse audio, TV et radio à pu faire son travail, y compris dans le périmètre concerné par l’opération ». Des déclarations contredites par le témoignage d’un premier journaliste arrivé en milieu de matinée sur les lieux et qui se souvient avoir été bloqué à quelques dizaines de mètre du camp. D’autres journalistes arrivés plus tôt dans la matinée sur place avaient cependant pu se rapprocher.

« Lorsqu’on est arrivé, la rue était fermée, le directeur de cabinet du préfet nous a fait passer mais nous n’avons pas eu accès au camp directement », détaille Faïza Garel de France 3 Alpes.

 

3/ Evacuer la question du relogement

C’était une promesse de campagne de François Hollande. Il n’y aurait plus de démantèlement de camp sans solution d’hébergement. La circulaire en la matière, préparée mercredi dernier lors de la réunion interministérielle est entrée en application seulement mardi. Elle demande aux préfets « l’anticipation et l’accompagnement des opérations d’évacuation » grâce à « un travail coopératif (avec les associations engagées dans les actions d’insertion) afin de dégager pour les personnes présentes dans ces campements des solutions alternatives » en matière de scolarisation, de soins, d’hébergement et d’insertion professionnelle.

Mais pour cette opération datant du 26 juillet à La Tronche, aucune circulaire n’était à ce moment-là en vigueur. Et le directeur de cabinet du préfet ne se soucie que très brièvement du relogement des familles :

« Il nous demande si la commune a prévu un hébergement pour les Roms qui seront expulsés du site. C. (du service Urbanisme de la mairie de La Tronche NDLR) explique que la commune ne dispose d’aucun terrain susceptible de les accueillir ».

L’échange entre la préfecture et la mairie de la Tronche en restera là.

 

Le bidonville de La Tronche quelques heures après son évacuation. La pelleteuse entre en action. Photo extraite de la « main courante ».

 

4/ Empêcher les expulsés de s’installer ailleurs

Puisqu’il n’y a pas de solution d’hébergement, il faut faire en sorte que le bidonville se déporte ailleurs sur la commune ou sur les communes environnantes. Un intervenant de la Police nationale conseille un dispositif de surveillance :

« Nécessité de mettre en place une sorte de vigie sur la semaine suivant l’évacuation auprès de l’ensemble des services qui tournent sur la commune ».

Lors d’une réunion suivante concernant le « calage technique », le commissaire de police en charge de l’opération donne ses ordres à la société de gardiennage qui assurera la sécurité des lieux après l’expulsion.

« La société REFLEX, prévue pour la surveillance de nuit [patrouillera] à partir de 13 h 00 sur les terrains qui pourraient être squattés, puis une présence sur site après 17 h 00, en plus d’une présence jour et nuit sur le premier week-end ».

Une fois la « vigilance accrue sur les terrains inoccupés », il convient également d’informer les communes voisines du démantèlement pour éviter que les personnes expulsées ne s’y installent. Une consigne respectée, 10 heures après le début de l’expulsion selon la main courante de l’opération.

« 16 heures : Contact [avec les] villes de Corenc et Meylan pour les informer de l’expulsion ».

Après plusieurs heures d’errance, le groupe de 120 Roms expulsés se dispersera finalement pour s’installer dans divers squats de l’agglomération grenobloise, dans des maisons inoccupées de la commune de La Tronche et dans un bâtiment désaffecté en face de la Maison de la Culture de Grenoble.

 

5/ Se soucier du confort des forces de l’ordre

Lors de la précédente opération, de recensement cette fois-ci, sur ce camp de Roms de La Tronche au mois de mai dernier, les conditions climatiques étaient difficiles. La pluie était venue tremper ce terrain où l’on pataugeait déjà dans la gadoue alors que les forces de l’ordre dénombraient 141 personnes dont 2 personnes en situation irrégulière. Une trentaine d’obligations de quitter le territoire (OQTF) avaient également été distribuées.
Alors, pour éviter de renouveler cette situation marécageuse, la police a pris ses dispositions.

« Le Directeur de la Sécurité Publique de l’Isère demande s’il est possible que la commune mette à la disposition de la Police Nationale les deux chapiteaux dont elle dispose », relate le compte rendu de la réunion de préparation du démantèlement.

Deux toiles qui seront installées au moment de l’opération en travers de l’impasse, pour que les forces de l’ordre forment sous cet abri anti-intempéries, le dernier sas de contrôle pour la file de familles expulsées et leur unique bagage autorisé.

« Tant qu’il y a des affaires à faire sur le terrain, les personnes évacuées vont rester à proximité », prévient au passage le commissaire en charge de l’opération avant de conclure « Prévoir le café pour les policiers. »

 

6/ Suivre minute par minute l’expulsion

La Ville de La Tronche a joint à son document interne la « main courante » de l’expulsion qui reproduit minute par minute l’évacuation du terrain où l’on apprend que les militants associatifs présents sur place sont qualifiés d’« anarchistes »ou de « lesbiennes » et que la Police Nationale appelle du renfort à 18h15 pour faire « éclater les groupes qui se sont constitués ».

Le suivi méticuleux du traitement médiatique de l’évacuation est une nouvelle fois mis en exergue. Le dispositif présent sur place note qu’en milieu de matinée, l’équipe de « France 3 s’est installé sur le toit du Manhattan », malgré les recommandations du directeur de cabinet du préfet.

L’annotation « 3 appels de riverains satisfaits de cette opération », vient conclure le minutage de l’opération.

 

7/ Epilogue : Récupérer le terrain « squatté » pour en faire une aire de jeux

L’expulsion de ce terrain ne s’est pas fait suite à une procédure judiciaire initiée par son propriétaire, aux abonnés absents, mais après plusieurs mois de procédures entamées par la municipalité. Un cas suffisamment rare pour être souligné. D’autant que la municipalité devrait récupérer la possession du site si le tribunal civil en décide ainsi.

« La mesure d’expropriation est en cours pour abandon de terrain, nous envisageons de construire une petite aire de jeux et un parking », annonce déjà à Rue89Lyon Hervé-Jean Bertrand Pougnand, Maire (UMP) de la ville de La Tronche, un mois et demi seulement après le démantèlement.

Les Roms, le préfet, le ministre [libération]

source : liberation.fr

« La France, parmi les premières économies mondiales, n’arrive pas à gérer de façon apaisée le sort de cette minorité infinitésimale ? »

 

Les Roms, le préfet, le ministre

30 août 2012 à 19:06
Par Pierre Micheletti Enseignant à l’IEP de Grenoble, ancien président de Médecins du monde et Thierry Brigaud Président de Médecins du monde

Mercredi 22 août, 10 heures. Une équipe de Médecins du monde (MDM) est à la préfecture du Rhône, conviée à une réunion de concertation. Autour de la table, les autorités préfectorales, des représentants des collectivités locales, des responsables d’associations impliquées dans l’aide aux populations roms. Les mots d’ordre de nos hôtes sont concertation, stratégies pour améliorer les campements et éviter les expulsions.

Jeudi 23 août, 18 heures. Nous recevons un appel téléphonique de la préfecture. Il nous est réaffirmé que les expulsions ne sont pas à l’ordre du jour. Au contraire, MDM est sollicité pour évaluer la situation sanitaire d’un camp, et proposer des mesures d’amélioration des conditions de vie.

Lundi 27 août, 8 heures. Une équipe MDM se rend sur place et commence à rédiger un diagnostic de situation.

Mardi 28 août, 7 h 30. Irruption des forces de l’ordre et expulsion de 180 personnes. Lyon, campement Paul-Bert, comme en 2010 ? Non, Lyon, campement de Saint-Priest, en 2012.

A Lyon, pour les Roms, c’est le «changement dans la continuité». Malgré les alternances politiques, ils sont toujours sur la route et dans les cloaques où on les cantonne, avant de les en chasser… pour les protéger de l’insalubrité. CQFD. Summum de la tautologie politique. Tour de passe-passe du préfet ? Concertation à visée anesthésiante des associations pendant que se préparent les expulsions ? Non, car selon nos informations, «les ordres sont venus d’en haut». A la fois symptôme de faiblesse et signe d’opportunisme politique. Symptôme de faiblesse, car de qui parle-t-on ? D’environ 15 000 personnes en France, soit 0,023% de la population, qui séjournent sur le territoire national ! La France, parmi les premières économies mondiales, n’arrive pas à gérer de façon apaisée le sort de cette minorité infinitésimale ? Opportunisme politique, car on place les autorités régionales devant une injonction paradoxale. Réunir les acteurs, créer les conditions d’une réflexion partagée sur la sécurité et la dignité des personnes dans les campements. Et, en même temps, on utilise cette «poussière de peuple» (0,023%) pour afficher, à peu de frais et sans grand risque politique, une préoccupation sécuritaire cosmétique, qu’on croyait révolue.

Il ne faut pas le nier, il existe une perception négative des Roms dans une large part de l’opinion publique. C’est pourquoi le discours de M. Sarkozy à Grenoble était indigne de la fonction. Il résumait le comportement d’un peuple à des conduites délictueuses, en occultant qu’on le met en situation de développer des stratégies de survie, parfois illégales. On nous vend la nécessité de gérer le «temps long», pour traiter, sur le fond, les questions qui concernent les migrants économiques européens que sont les Roms. Mais on continue à rechercher les dividendes du «temps court», celui qui accompagne les expulsions avec leurs cortèges d’hommes en uniforme et de bulldozers. La stratégie est devenue plus torpide, le discours plus subtil, mais, sur le fond, l’intention politique est la même que celle du gouvernement précédent : utiliser la symbolique de la fermeté à l’égard de quelques centaines de personnes, considérées comme des Européens de seconde zone, pour montrer ses biceps. C’est à se demander si le meilleur service à rendre aux Roms ne serait pas de taire les expulsions, pour rompre le cercle, pas du tout vertueux, expulsions-médiatisation-bénéfice politique !

Raid sur les Roms [CQFD]

source : CQFD, mensuel de critique sociale

(si problème de connexion lire cette page)

SAUTE-FRONTIÈRES

Raid sur les Roms

paru dans CQFD n°95 (décembre 2011), par Gilles Lucas
mis en ligne le 15 décembre 2011

« Les mesures en cause révèlent un non-respect des valeurs essentielles inscrites dans la Charte européenne, notamment la dignité humaine, dont la nature et l’ampleur vont au-delà des violations ordinaires de la Charte. » La Commission européenne des droits sociaux n’a pas mâché ses mots pour décrire, le 10 novembre 2011, l’attitude de la France vis-à-vis des Roms. Qu’importe ! Á Marseille, les attaques et les violences policières contre ces « Européens » continuent.

C’est la fin de la journée, en ce 22 novembre, et les Roms, qui ont sillonné les rues de la capitale phocéenne à la recherche de quelques objets dans les poubelles, se reposent et trient leurs marchandises dans leur campement de fortune. Cela fait un certain temps qu’une dizaine de familles s’est installée sur ce terrain attenant à l’Église Saint-Martin d’Arenc, bâtiment condamné à la destruction par les bulldozers d’Euroméditerranée.

Il est 19 h 30 lorsque trois policiers, deux hommes et une femme, surgissent. « On peut facilement les reconnaître. Le gros et le grand sont les plus dangereux, dit Brishen [1], c’est ce dernier qui, au marché de Noailles, au centre-ville, nous donne des coups de pied quand il nous rencontre. » Et Hugo de poursuivre :« Ces deux-là nous bloquent quand ils nous croisent dans la rue et détruisent les poussettes avec lesquelles nous transportons ce qu’on trouve dans les poubelles ». Selon les témoignages, ce soir-là, donc, c’est le gros qui se montre le premier. Dans une main son arme de service et dans l’autre une gazeuse avec laquelle il asperge immédiatement l’espace. Les trois pandores se mettent alors à hurler« Allez, dégagez ! ». Un quatrième policier resté jusqu’alors dans la voiture rejoint ses collègues pour participer à l’arrosage de gaz tout le monde, l’intérieur des tentes et, après les avoir éventrés, des sacs de nourriture afin de les rendre impropres à la consommation. Yoshka reprend : « Ils ont commencé avec des couteaux à couper et à déchirer les tentes dans lesquelles des enfants dormaient. Puis ils s’en sont pris aux poussettes tout en continuant à nous gazer, souvent à quelques centimètres des yeux. » Côté policier, l’ambiance est plutôt bonne : « Ils nous traitaient de “merde”. Ils se moquaient de nous. Le grand et la femme riaient », rapporte Zoran. Les enfants, eux, hurlent, pleurent. Un homme est violemment poussé à terre par un des pandores. Brishen reprend : « Un d’entre nous a été frappé au visage. Il a couru vers le portail qui fait trois mètres de haut. Le gros policier lui a donné un coup de pied en haut de la jambe puis l’a attrapé par l’épaule. Il est tombé. » On apprendra plus tard que cet homme s’est cassé le col du fémur.

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Pour les agresseurs, après quinze longues minutes de déchaînement, c’est l’heure du départ. « Ce n’était pas la première fois que la police venait. Ils nous disaient que si nous nettoyions tout et restions tranquilles, nous n’aurions pas de problèmes. Ils nous prévenaient de ne pas entrer dans l’église car elle risque de s’effondrer. Mais à chaque fois que le gros venait, lui, il nous frappait et cassait notre matériel »,raconte Zoran. Il poursuit : « Les quatre policiers qui nous ont agressés ce soir-là étaient déjà venus. Ils sont toujours ensemble. Depuis deux mois, ils viennent tous les mardis soir. » Alors que les cris et les pleurs des femmes et des enfants résonnent dans les rues de ce quartier désert, des habitants d’immeubles voisins s’alarment. Ce sont eux qui vont appeler les secours. Les pompiers arrivent, et la police aussi… Yoshka : « Un de ces policiers a vu l’homme blessé qui était à terre. Puis il s’est rendu compte de ce qui venait de se passer, de la nourriture écrasée, des tentes déchirées, des gens paniqués, des enfants qui suffoquaient. Il a décidé de rester avec nous pendant plus d’une demi-heure pour être sûr que ses collègues qui avaient fait cela ne reviennent pas… » Problème : si enquête des services sur les actes de ses représentants de l’État il y a, elle risque de s’avérer extrêmement complexe pour mettre des noms sur les agresseurs. Ils sont quatre. L’un est gros et quasi chauve. L’autre est grand. La femme est blonde. Le dernier, moins décidé que ses collègues, semble être le chauffeur de la voiture sérigraphiée avec laquelle cette équipe est arrivée. La date est le 22 novembre. Il était entre 19 h 30 et 20 heures. Cette expédition a eu lieu dans le troisième arrondissement de Marseille. On peut imaginer aisément que des communications radio ont été échangées, et même que, peut-être, un registre compile les dates, les heures et les noms des agents et leurs secteurs d’intervention. En fait, avec tous ces éléments, rien de vraiment concret pour pouvoir incriminer nominativement ces agresseurs en uniforme… Et si, par malheur, ils venaient à être confondus, ils risqueraient de terribles sanctions d’une sévérité exemplaire… allant de l’avertissement jusqu’au blâme ! Toujours est-il que, pour l’heure, aucun déplacement du ministre de l’Intérieur sur les lieux où vient de se dérouler « cet acte inadmissible qui appelle à la plus totale sévérité » n’est encore annoncé. En attendant, l’association Résistances Tsiganes a décidé de soutenir la plainte qu’une des victimes a l’intention de déposer, afin de donner du poids à la parole d’un Rom qui, comme on le sait, ne vaut pas grand-chose face à un uniforme.

Notes

[1] Les prénoms ont été évidemment changés.