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[ articles sur les Roms à Grenoble, en France et ailleurs ]

Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à la préfecture [asile.ouvaton.org]

source : http://asile.ouvaton.org

« L’administration s’organise pour répondre de manière plus juste aux flux de demandeurs d’asile, notamment par des système de tickets, qui valent bien plus qu’une file d’attente désorganisée, où les personnes s’entassent dans le désordre après avoir dormi dans la rue. »

Les conditions d’accueil des demandeurs d’asile à la préfecture

Publié le 25 janvier 2013

Depuis le mois de novembre je vais régulièrement le matin devant la préfecture de Grenoble afin de recenser les demandeurs d’asile s’y présentant. Enfin, demandeurs d’asile, pas tout à fait : encore faut-il que ces personnes puissent pénétrer dans l’enceinte de la préfecture pour recevoir le droit de remplir un formulaire leur permettant de déposer une demande d’asile. Là seulement ils seront pris en compte par l’Etat et recevront donc par la même un minimum d’aide. En attendant, ils sont des dizaines chaque matin, de tout âge, à attendre devant la porte de la préfecture, dans l’espoir d’y pénétrer et de formuler une simple demande. 20121109_084731 Ces personnes ont fui leurs pays d’origine, ils ont traversé la Méditerranée ou plusieurs pays d’Europe, avant d’échouer à Grenoble, souvent sans y connaître quiconque. Alors commence l’enfer administratif : pour obtenir le droit de demander l’asile, et avec cela une autorisation provisoire de séjourner en France, ces personnes doivent être « accueillies » à la préfecture. En attendant, c’est système D pour tous : squats, connaissances liées dans l’attente devant le bâtiment, recours aux associations… Tout est bon à prendre pour ces personnes qui n’ont rien. Beaucoup dorment devant la préfecture afin d’être certains de se trouver au devant de la longue file des demandeurs d’asile lors du passage de l’officier de préfecture le lendemain, à 9h du matin. Des familles entières, parfois sur trois générations, passent la nuit sur le trottoir, armées de quelques couvertures pour les plus débrouillards, ou bien installées à même le sol, emmitouflées uniquement dans leurs manteaux pour ceux qui ont moins de chance.

Quand nous arrivons à 8h30, nous revoyons souvent les mêmes visages, plusieurs jours – voire plusieurs semaines – d’affilée. Des enfants dorment parfois encore sous des tas de couverture, alors que les parents nous demandent, inquiets et fatigués, si cette fois-ci ils pourront entrer. Nous n’avons pas de réponse à leur donner. Ça dépend de l’officier de préfecture, si ce matin là il décide de prendre en pitié les plus vulnérables, ou bien si l’ordre d’arrivée prime, ou encore si ceux parlant un minimum français sont favorisés. Et encore, l’attente.

9h, les policiers sortent. La file pour les diverses tâches administratives s’avance en premier dans l’enceinte du bâtiment. Puis les policiers font avancer les demandeurs d’asiles convoqués suite à leur première entrée dans la préfecture. Enfin, l’officier en charge de l’asile sort. Les demandeurs d’asile la hèlent, essaient d’attirer son attention, mais elle les ignore et s’adresse à ceux qu’elle a choisi : parfois les premiers de la file, parfois non. A chaque fois, le dialogue est le même : vous venez pour l’asile, vous êtes seul, vous parlez français / do you speak english ? Si la personne répond oui à toutes ces questions, il est fort probable qu’elle obtienne le sésame tant désiré. A l’inverse, les familles et les non-francophones ou anglophones sont presque systématiquement recalés.

Après avoir généralement désigné 2 personnes, et « promis » à 2 autres (en moyenne) qu’elles rentreront peut-être à 11h, l’officier retourne dans sa forteresse, insensible aux appels redoublant de vigueur des personnes restées au dehors. Le policier leur dit que c’est fini et qu’il faudra revenir demain, avant de refermer les barrières. Ceux qui se sont vus promettre un rendez-vous à 11h restent, pleins d’espoir ; néanmoins, ils s’entendront probablement dire à 10h qu’ils peuvent finalement rentrer « chez eux » et revenir le lendemain. Quant aux autres, dont la parole n’a même pas été écoutée, certains partent, résignés ; d’autres s’indignent, et restent devant la préfecture ; d’autres encore nous font part de leur incompréhension et de leurs craintes.

Ce scénario se produit quatre matins par semaines devant la préfecture de l’Isère, été comme hiver. Mais cet état de fait peut changer : d’autres préfectures ont des conditions d’accueil bien meilleures. L’administration s’organise pour répondre de manière plus juste aux flux de demandeurs d’asile, notamment par des système de tickets, qui valent bien plus qu’une file d’attente désorganisée, où les personnes s’entassent dans le désordre après avoir dormi dans la rue. En ignorant chaque jour une dizaine de demandeurs d’asile, la préfecture ne respecte pas la loi française. Il est essentiel aujourd’hui d’attirer l’attention des citoyens sur ce problème : l’asile est un droit que la préfecture ne peut pas nier.

Charlotte DUMAS, bénévole ADA, Accueil Demandeurs d’Asile

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