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[ articles sur les Roms à Grenoble, en France et ailleurs ]

Où les Roms cultivent leur terre d’accueil [Rue89]

source : blogs.rue89.com/les-faits-du-logis

Où les Roms cultivent leur terre d’accueil

Publié le 07/04/2012 à 11h46

Créé à Montreuil, le projet insolite Ecodrom permet à une communauté rom de six familles de vivre en autosubsistance, après avoir résisté aux demandes d’expulsion.


Alex, jeune chef des lieux, et les enfants forment le comité d’accueil (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Tiré à quatre épingles, les cheveux luisants et l’air étonnement apathique, Alex*, 29 ans, chasse les deux molosses qui surveillent l’entrée du camp  : « Bienvenue chez nous  ! », sourit-il. A deux pas du périphérique, dans le Haut-Montreuil, difficile de rater l’écriteau peint en vert  : « Ecodrom 93 ». Littéralement, le mot signifie « le chemin de l’écologie ».

La quiétude règne dans la cour qui abrite une rangée de cabanes composées d’un patchwork de matériaux récupérés. Un tapis à l’entrée et une fenêtre à double vitrage contrastent avec des bâches et planches en guise de toiture, le cache-misère d’un habitat de fortune.

Cultures, récup’ et construction de bois

Une trentaine de Roms vivent désormais sur ce vaste terrain de 2 000 milles mètres carrés acquis par la communauté sous forme de bail précaire et « qui doit être renouvelé tous les ans », insiste Alex, devenu le chef de la communauté depuis le départ de son beau-père.

C’est au terme d’une longue bataille juridique que Colette Lepage, fondatrice de l’association, et les bénévoles ont réussi à éviter l’expulsion du groupe. Le projet, qui s’inscrit dans la logique du nouveau quartier urbain de Branly-Boissière, est en accord avec les méthodes de culture écologique pratiquées dans la province d’Arad, leur région d’origine en Roumanie.


Les mains des occupants du camp Ecodrom (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Pour travailler les 600 mètres carrés de terrain cultivable, les familles fonctionnent dans la plus grande solidarité. Dès le mois de mars, chacun devait aider à retourner la terre pour préparer les plantations. Alex raconte :

« On cultive nos propres légumes, grâce aux semences qu’on ramène de Roumanie  : oignons, ail, persil, carottes, tomates, haricots, pommes de terre, chou et même des aubergines. »

Il répète plusieurs fois le mot aubergine pour ne plus l’oublier. L’année dernière, ils ont déjà fabriqué une serre avec du bois de récupération pour y planter les semis et transplanter les jeunes pousses dans le terrain. Alex montre de gros barils métalliques au milieu d’un amas d’objets :

« On récupère l’eau de pluie dans ces seaux pour tous nos besoins quotidiens et pour arroser nos cultures. »

Colette leur apprend à utiliser les déchets organiques pour faire du compost. Recyclage et matériaux nobles sont omniprésents dans la conception de leur campement :

« On a nettoyé le terrain qui était pollué d’ordures, on a construit toutes les baraques en bois nous-mêmes, et on se chauffe au bois. »

Un « conseil » tous les dimanches

Un jeune homme bricole des objets en fer accroupi devant la porte rafistolée de l’un des logements.

« On va chercher des métaux à la déchetterie et on fabrique de nouvelles choses, ou on vend les pièces. On va même faire un atelier de réparation de vélos. »

A ses côtés, Ionel, 9 ans, exhibe son nouveau vélo, comme sorti d’une BD futuriste et visiblement rafistolé. La mendicité, la cueillette des fleurs et la vente d’objets trouvés sont les principales ressources des familles  : « Grâce à cela, chaque famille gagne environ 300 euros par mois », calcule le jeune Rom.

Alex se charge par ailleurs d’animer tous les dimanches une réunion avec l’ensemble des familles :

« J’ai trois frères dans le camp, et c’est moi le plus petit. Mais comme je parle français et que je connais tout ici, c’est moi qui m’occupe de l’organisation. »

Maintenant que le jeune chef connaît les gens du quartier, qui sont parfois bénévoles de l’association, il ne fait plus la manche. Et raconte en riant une déconvenue récente :

« Un jour, j’étais devant un magasin et une femme est sortie avec un caddie rempli, je lui ai demandé de l’argent… J’ai menti en disant que j’avais quatre enfants, et là, la dame me regarde et me dit  : “Alex, tu ne me reconnais pas  ? ” J’avais trop honte. »

Un gîte touristique ouvert dans une cabane


La cabane de l’hôtel Gelem, installée au sein du camp (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Aujourd’hui, de nouvelles initiatives viennent enrichir le projet. Deux Allemands ont ainsi permis la construction d’un gîte touristique en bois, dans le camp.

L’Hôtel Gelem accueille des touristes suisses ou allemands à partir du mois de mai. Chacun y trouve son compte  : un logis bon marché pour les uns, une modeste source de revenus pour les autres (entre 15 et 25 euros la nuit).

Et surtout, cela permet d’établir un dialogue et donc de lutter contre la stigmatisation de ces populations. « On n’est pas des voleurs », répète Alex.

Chaque famille participe en payant un « loyer » symbolique de 10 euros par mois, et le groupe électrogène leur permet d’avoir de l’électricité.

« C’est moi qui l’ai acheté, mais tout le monde met de l’argent pour payer l’essence. »

Après sept mois de démarches administratives, la communauté a enfin obtenu de la mairie l’installation d’un compteur d’eau.


Une des familles du camp Ecodrom (Naoile Jouira et Martin Bourdin)

Alex est lucide, et sait que les familles ne pourront pas s’éterniser sur ce terrain.

« En 2015, le tramway entrera en fonction juste à côté. Nous devrons sûrement partir et trouver un autre endroit. J’ai envie d’aller vivre en Angleterre. On ne peut pas passer toute une vie à faire la manche. Là-bas, j’ai un peu de famille, et je peux travailler. »

En attendant, c’est lui qui organise la cohabitation de cette petite société solidaire dont le rêve ultime est de trouver enfin une certaine stabilité.

Martin Bourdin et Naoile Jouira

*Alex est le pseudo usuel de la personne interviewée

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