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Augmentation des demandeurs d’asile en Serbie : panique au village à Banja Koviljača [Le Courrier des Balkans]

source « Le Courrier des Balkans » : http://balkans.courriers.info/article18594.html
En Serbie ce sont les réfugiés africains, afghans et pakistanais qui sont un danger pour la population et qu’il faut chasser du pays.
En France ce sont les demandeurs d’asile macédoniens et serbes. ..
Le Courrier de la Serbie

Augmentation des demandeurs d’asile en Serbie : panique au village à Banja Koviljača

De notre envoyé spécial
Sur la Toile :

Mise en ligne : samedi 12 novembre 2011
La Serbie est « prise au dépourvu » par l’arrivée croissante de migrants sur son territoire. Le pays compte aujourd’hui quelque 2.700 demandeurs d’asile, soit 35 fois plus qu’en 2008. Or, la place manque. À Banja Koviljača, où se trouve l’un des deux centres d’accueil du pays, les réfugiés d’Afrique et du Moyen-Orient vagabondent dans les rues, provoquant l’inquiétude des habitants qui ont organisé une manifestation dimanche dernier et appellent à des actions de boycott.

Par Philippe Bertinchamps

« Les réfugiés africains, afghans et pakistanais sont un danger pour la population. Ils sont porteurs de maladies : la tuberculose, la jaunisse et le sida. Il faut les chasser du pays », s’exclame une adolescente. Dimanche 6 novembre, quelque 2.000 habitants de Banja Koviljača, petite ville thermale sur la Drina, à quelques encablures de la frontière bosnienne, se sont rassemblés pour protester contre l’afflux de demandeurs d’asile et de réfugiés clandestins.


Écoutez notre reportage sur Balkanophonie :
Demandeurs d’asile en Serbie : panique au village de Banja Koviljača


« Selon la police, ils sont 2.500. C’est trop ! Moi, je n’ai rien contre eux. Je veux juste qu’ils s’en aillent. Ils font peur aux gens. La nuit venue, les enfants n’osent plus sortir », s’insurge une mère de famille qui brandit une pancarte « Sécurité pour nos enfants ». « Les opprimés des pays étrangers, je ne sais pas comment on les appelle, il y en a beaucoup », grommelle un grand-père. « Ils vagabondent en ville, certains dorment dans le parc, d’autres dans des caves, des porcheries, des wagons abandonnés… » « Le Parti radical de Serbie soutient les citoyens de Banja Koviljača. Ils ont le droit de s’organiser, car leur sécurité est en péril. Selon les statistiques, 3.000 clandestins errent dans les rues, et leur nombre croît de jour en jour. Le coupable, c’est l’État », affirme un homme qui porte au revers de sa veste un badge à l’effigie de Vojislav Šešelj.

Depuis quelques semaines, des grognements se font entendre dans cette bourgade d’apparence paisible, réputée pour ses eaux souffrées. Le 27 octobre, un fait divers a provoqué l’émoi dans la communauté : une ressortissante britannique, de passage en Serbie, a porté plainte après avoir été victime d’un viol collectif. Des agresseurs présumés, cinq Afghans, un seul a été identifié – Abdurashid D., 25 ans – et arrêté. Ce 6 novembre, sur une estrade de la place centrale, une banderole porte l’inscription « À qui le tour ? ». Un orateur prend la parole : « Cette réunion est une initiative des parents mécontents qui craignent pour la sécurité de leurs enfants. On attend que les autorités réagissent… »

Banja Koviljača a pourtant l’habitude des demandeurs d’asile. La ville dispose d’un centre d’hébergement – l’un des deux seuls que compte la Serbie, le second étant à Bogovođa, près de Valjevo, également dans l’ouest du pays. Le problème, c’est le manque de place. Au total, les deux centres disposent de 250 lits, dont 84 à Banja Koviljača. Or, le nombre de demandeurs d’asile augmente d’année en année. Selon le ministère de l’Intérieur, en 2008, ils étaient 77. En 2009, 275. En 2010, 522. En octobre 2011, 2.700.


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D’après les données de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), la majorité d’entre eux vient d’Afghanistan (218 en 2009, 318 en 2010), de Palestine, d’Irak, du Pakistan et de Somalie. Jusqu’en 2009, les institutions et infrastructures parvenaient à répondre aux demandes. Mais depuis, le système est « dépassé ». En l’absence de mesures concrètes prises par les autorités, faute de ressources humaines et financières, et déroutés par un phénomène nouveau qu’ils appréhendent avec méfiance, les comités de parents de Banja Koviljača ont refusé d’envoyer leurs enfants à l’école « jusqu’à ce que le problème soit résolu ». Selon B92, lundi matin, 20 écoliers sur 400 étaient sur les bancs ( voir la vidéo ). Une action désapprouvée par le ministre de l’Éducation, Žarko Obradović.

La jeunesse serbe, « un grand problème »

Dans la cour d’un entrepôt près du chemin de fer, une trentaine de réfugiés afghans et pakistanais, des hommes seuls, profitent du soleil d’automne. Parler ? Allons bon ! Et en quelle langue ? « No English. Ourdou. No English… » Mais peu à peu, les langues se délient. Bientôt, certains exhibent leurs cicatrices, d’anciennes blessures par balle. « Nous avons fui notre pays à cause de la guerre. Là-bas, chaque jour, on risque sa vie », raconte Ajaz Ahmed, 32 ans, un Pakistanais du Khyber Pakhtunkhwa, l’ancienne Province de la Frontière-du-Nord-Ouest, une zone ravagée par les combats entre l’armée et les talibans, et par les drones américains. Il est arrivé clandestinement en Serbie « il y a deux, trois mois ». Le voyage, il ne s’en souvient pas. Il a pris des somnifères et dormi, caché dans un camion. Ce qu’il souhaite ? « Vivre en Serbie. We love Serbia ! Donnez-nous les papiers, nous respecterons les règles de ce pays. Nous ne sommes pas dangereux. Nous voulons vivre en paix, c’est tout ». Un de ses compagnons, Javced Khan, prend la parole : « Les Serbes, ils sont O.K. L’ancienne génération, surtout. Mais les jeunes… big problem ! Parfois, ils descendent par groupe de 20, 25, et ils nous battent. La nuit dernière, ils ont fracturé le crâne de deux d’entre nous ».

« Les immigrés clandestins venus d’Afghanistan ou du Pakistan passent par la Turquie, la Grèce et la Macédoine. Leur voyage est organisé par des mafias régionales qui travaillent à la manière d’une chaîne, d’un pays à l’autre. Certains ne font que transiter par la Serbie, espérant rejoindre la zone Schengen, d’autres souhaitent s’y installer. Peu importe la manière dont ils sont entrés dans le pays. Ce qui compte, une fois sur le territoire, c’est de régulariser leur situation », explique Miroslava Jelačić, de l’ONG Grupa 484. « Vu la position géographique de la Serbie et le processus d’intégration européenne, de plus en plus de migrants viendront en tant que demandeurs d’asile, poursuit-elle. Les autorités doivent favoriser les conditions d’une bonne intégration. Cela passe notamment par l’aide au logement, à l’apprentissage de la langue, à l’emploi. Mais il faut que la communauté locale accepte les demandeurs d’asile. Dans un pays longtemps isolé comme la Serbie, où le taux de chômage est élevé, ce n’est certes pas facile. Les gens réagissent négativement. Pourtant, un jour viendra où ils se feront soigner par un médecin afghan ».

L’hiver approchant, le Commissariat serbe pour les réfugiés a annoncé qu’il allait héberger les demandeurs d’asile sans abri dans une ancienne caserne militaire… sans résultat jusqu’à présent.

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